
| Titre original: | Trap House |
| Réalisateur: | Michael Dowse |
| Sortie: | Prime Video |
| Durée: | 102 minutes |
| Date: | 31 décembre 2025 |
| Note: |
Trap House est certes un pur produit de série B musclée, mais le réalisateur Michael Dowse tente clairement quelque chose d’un peu plus ambitieux qu’un simple shoot’em up. Le point de départ est redoutablement efficace : une équipe de la DEA à El Paso, menée sur le terrain par Dave Bautista dans le rôle de Ray Seale, affronte un cartel mexicain tandis que leurs enfants, tous liés par cette même vie sous couverture, grandissent dans l’ombre des armes, des mensonges et des missions classées secret-défense. Quand un agent est tué lors d’un raid et que sa famille notamment son fils Jesse, incarné par Blu del Barrio découvre à quel point l’institution est radine et indifférente, la colère que ressentent les ados n’est pas seulement un prétexte scénaristique : Trap House touche là une vraie nervure socio-économique, celle d’un système qui exige des sacrifices extrêmes sans offrir la moindre sécurité à ceux qui restent. Pendant quelques scènes, notamment autour du deuil et de l’éviction forcée de cette famille, le film semble sur le point de devenir un commentaire acide sur le war on drugs, avant de reculer vers un terrain plus confortable, celui du thriller d’action hybride.
C’est Cody Seale, interprété par Jack Champion, qui cristallise cette bascule. Fils de Ray, adolescent à la fois casse-cou et profondément loyal, il décide de réparer l’injustice à sa manière : en transformant sa bande de copains ( Sophia Lillis, Whitney Peak et Zaire Adams) en petits braqueurs, armés d’équipement volé à leurs parents et de compétences apprises à force d’avoir traîné sur les terrains d’entraînement de la DEA. Cette idée (des enfants d’agents fédéraux utilisant les outils de l’État pour frapper un cartel qui a brisé l’un des leurs) est aussi brillante que complètement invraisemblable, et c’est de cette tension que le film tire une bonne partie de son attrait. Les séquences de casse, filmées avec une lisibilité quasi télévisuelle mais un vrai sens du rythme, tirent constamment sur nos nerfs parce que Michael Dowse ne filme jamais ces ados comme des super-soldats : ils sont malhabiles, paniqués, trop sûrs d’eux, et chaque porte poussée de nuit avec des lunettes de vision nocturne ressemble moins à une mission tactique qu’à une mauvaise idée poussée trop loin. On sent très bien ce moment où ce qui commence comme une forme de jeu sérieux à la Fast & Furious bascule vers une spirale mortelle dont ils ne maîtrisent plus rien.
Face à cette énergie adolescente, Dave Bautista impose un contrepoint étonnamment nuancé. En Ray Seale, il ne joue pas le bulldozer vengeur promis par l’affiche mais un père veuf, usé par son métier, qui tente désespérément de protéger son fils sans l’étouffer. Le film trouve son cœur dans ces scènes où Ray commence à comprendre que son propre fils est en train de reproduire ses gestes professionnels, mais avec l’inconscience de la jeunesse. Jack Champion donne au personnage assez d’arrogance et de vulnérabilité pour qu’on y croit : Cody est à la fois le gamin qui fait des donuts sur le parking du lycée et celui qui se débat avec une colère sourde contre une institution qui a laissé tomber un ami. Autour d’eux, Sophia Lillis apporte une gravité morale qui sert de boussole au groupe, Whitney Peak et Zaire Adams oscillent avec justesse entre humour, peur et bravade, tandis que la romance avec Teresa, jouée par Inde Navarrette, ajoute une couche de danger émotionnel qui prépare un twist assez prévisible mais amusant dans sa manière très “série télé” de reconfigurer les alliances.
Sur l’autre versant, le cartel mené par Benito Cabrera et sa sœur Natalia donne au film ses éclats les plus menaçants grâce à Tony Dalton et Kate del Castillo, qui recyclent certes des archétypes déjà travaillés à la télévision mais les habitent avec une intensité qui rehausse chaque scène où ils apparaissent. On sent chez eux une froideur professionnelle et une paranoïa grandissante à mesure que leurs stocks sont siphonnés par ces fantômes inexplicables, et même si le scénario de Gary Scott Thompson et Tom O'Connor ne leur donne pas autant de place qu’ils le mériteraient, leur simple présence suffit à faire comprendre que les enfants jouent avec des gens qui n’ont ni patience ni pitié. C’est d’ailleurs l’un des paradoxes les plus intéressants de “Trap House” : le film est capable de juxtaposer dans la même demi-heure un pur moment de nostalgie action 90s (répliques cinglantes, logique de série B, clichés de cartel) et un sursaut de réalisme brutal où une balle perdue ou un mauvais choix suffisent à briser à jamais cette illusion de jeu. Le problème, c’est que Michael Dowse ne tranche jamais vraiment entre ces deux registres, d’où une impression de ton fluctuant qui empêche le film de s’imposer pleinement, soit comme objet fun et assumé, soit comme drame vraiment rugueux.
Visuellement et structurellement, le film Trap House ressemble souvent à un pilote de série premium plus qu’à un film de cinéma : image très clean, lumière parfois trop lisse, dialogues d’ados qui glissent par moments vers le sarcasme façon sitcom alors que la situation réclamerait plus de rugosité. Bobby Cannavale en partenaire loyal, constamment en chemise confortable, semble presque sorti d’un procedural qu’on aurait zappé la veille, tandis que certaines idées fortes comme la critique implicite d’une DEA qui laisse les familles sur le carreau ou la réflexion sur ce que les parents transmettent réellement à leurs enfants quand ils ramènent le danger à la maison sont utilisées comme moteurs de scénario plutôt que développées jusqu’au bout. Et pourtant, malgré ses incohérences, le film reste étonnamment regardable : le rythme ne faiblit jamais vraiment, la relation entre Ray et Cody finit par nous accrocher, et il y a un vrai plaisir de cinéphile à retrouver Dave Bautista dans un rôle où sa présence physique sert de carapace à un personnage rongé par la culpabilité et le doute. C’est peut-être là la plus grande réussite du film : même quand l’écriture retombe dans des twists téléphonés ou un final un peu trop net assorti d’un clin d’œil de sequel, les comédiens parviennent à faire exister des émotions plus complexes que ce que laisse présager le concept.
Trap Hous” donne l’impression d’un excellent pitch qui a trouvé refuge dans un produit d’action honnête mais limité, coincé entre l’envie de surfer sur une nostalgie des thrillers de câbles des années 90–2000 et le désir d’exister dans un paysage contemporain plus conscient des enjeux politiques et humains qu’il manipule. En tant que divertissement, le contrat est rempli : les braquages sont tendus, les cartels effrayants, les liens d’amitié crédibles, et Dave Bautista confirme, une fois de plus, qu’il mérite de meilleurs véhicules que celui-ci mais qu’il sait tirer le maximum de ce qu’on lui donne. En tant que film vraiment audacieux, qui aurait pu retourner son propre concept contre les institutions qu’il montre, Trap House reste timide, comme si ses meilleures idées avaient été enfermées dans la cage prudente du genre. Reste un thriller efficace, bancal mais attachant.
Trap House
Réalisé par Michael Dowse
Écrit par Gary Scott Thompson, Tom O'Connor
Scénario de Gary Scott Thompson
Produit par Marc Goldberg, Sarah Gabriel, Dave Bautista, Jonathan Mesner, Michael Pruss, Rebecca Feuer, Christian Mecuri, Todd Lundbohm
Avec Dave Bautista, Jack Champion, Sophia Lillis, Tony Dalton, Whitney Peak, Inde Navarrette, Zaire Adams, Kate del Castillo, Bobby Cannavale
Directeur de la photographie : Matt Flannery
Montage : Tim Porter
Musique : Amanda Yamate, Jack Latham
Sociétés de production : Signature Films, Scott Free, Dogbone Entertainment, 828, Capstone Global
Distribution : Aura Entertainment (États-Unis), Prime Video (France)
Date de sortie : 14 novembre 2025 (États-Unis), 31 décembre 2025 (France)
Durée : 102 minutes
Vu le 1 janvier 2026 sur Prime Video
Note de Mulder: