Possessions
Réalisé par Eric Guirado (2012)
| Durée | 98 minutes |
| Sortie | 07/03/2012 |
| Note | 6/10 |
Marilyne et Bruno Caron rêvent d’une vie au grand air, qui romprait avec leurs conditions de vie exiguës dans le Nord. Ils partent à l’aventure en louant un chalet dans les montagnes. Or, une fois arrivés sur place, ils apprennent du propriétaire Patrick Castang que les travaux ont pris du retard. En attendant que la situation se débloque, il les installe dans une maison luxueuse et Marilyne devient la femme de ménage des Castang. Les semaines passent et au lieu d’avoir son chez-soi confortable, la famille Caron est obligée de déménager plusieurs fois, de chambres d’hôtel en appartements à vendre. Cette précarité du logement finit par exaspérer Bruno, qui jure de se venger de Castang.
La critique
Par Tootpadu 02/03/2012
Avant d’interpréter dans une semaine un des chouchous infiniment plus appréciés des Français en la personne de Claude François, Jérémie Renier fait bien plus que promener son bide ici. Il personnifie à lui seul la frustration de toute une classe de prolétaires laissés-pour-compte, à qui les médias promettent la quiétude par la consommation, sans pour autant préciser que le monde des riches et des privilégiés leur sera interdit. La femme de son personnage est certes celle qui prend des initiatives et qui s’offusque de la nonchalance du couple adverse, mais elle est en même temps décrite comme trop passive et naïve pour faire autre chose que suivre son mari dans sa folie meurtrière. En dépit de son tempérament volcanique, Bruno Caron est celui qui sait apprécier le mieux cette situation inextricable d’humiliations et de reports incessants. D’abord, il se comporte comme un homme ordinaire, c’est-à-dire impuissant et hésitant, face à un problème auquel un massacre insensé ne changera strictement rien. Et puis, dans ce dernier plan cruel de Possessions – comme quoi, après tout, nous ne savions pas exactement comment ça allait se terminer –, il saisit qu’il n’est dès lors guère plus qu’une bête traquée, autour de laquelle l’étau se resserrera inextricablement.
C’est principalement l’équilibre dramatique du troisième film du réalisateur Eric Guirado qui intrigue. A partir d’une histoire au fort potentiel moralisateur, la narration s’abstient de tout jugement afin de mieux décortiquer le fonctionnement de cet engrenage social à l’issue fatale. Les ploucs y sont forcément vulgaires et bruyants et la gentillesse des propriétaires n’est que de l’hypocrisie dans le but de limiter les dégâts et de garder leurs distances envers ces locataires incommodes. La charge soutenue contre les chimères de la publicité et la surabondance des gadgets électroniques peut paraître trop facile, voire démagogique dans le sens qu’elle diabolise le statu quo à la valeur morale inexistante au lieu de chercher la faute au niveau individuel d’une réponse inadaptée à ces circonstances personnelles. Elle reflète en même temps une réalité sociale préoccupante, celle de la perte irrémédiable d’un savoir vivre qui voit plus loin que l’écran de son téléphone portable, que peu de films, français ou étranger, osent aborder sereinement.
Vu le 1er mars 2012, à la Salle UGC