Piel que habito (La)
Réalisé par Pedro Almodovar (2011)
| Durée | 121 minutes |
| Sortie | 17/08/2011 |
| Note | 6/10 |
Inconsolable depuis la mort de sa femme, grièvement brûlée dans un accident de voiture, le docteur Robert Ledgard, un éminent chirurgien esthétique, travaille d’arrache-pied à la création d’une nouvelle peau, insensible à toute agression. A l’écart de la communauté scientifique, il mène des expériences sur Vera, une jeune femme dépressive qu’il a enfermée dans sa clinique privée. Alors qu’il est arrivé pratiquement au bout du processus de transformation de Vera en un sosie de sa femme décédée, Ledgard devra affronter les origines funestes de son plan machiavélique.
La critique
Par Tootpadu 10/08/2011
Après cette déclaration d’amour au cinéma selon Pedro Almodovar, cela nous fait presque de la peine de devoir modérer légèrement notre enthousiasme dans le cas de La Piel que habito. Le sujet en est certes toujours aussi subversif que dans les films précédents du réalisateur, puisqu’il y est une fois de plus question de l’éternelle confusion des genres, de liens familiaux passablement pervers, et du poids du passé trop lourd à porter pour des personnages aux motivations troubles. De même, la forme très soignée du film renvoie directement au mélodrame sirkien et à sa sublimation esthétique, quoique indéniablement ironique, des bassesses que les héros tragiques commettent sans trop de scrupules. Mais l’artifice du cadre et l’entêtement grotesque de l’histoire instaurent une distance entre le récit et le spectateur que le réalisateur avait su maîtriser davantage dans le passé.
Nous restons donc plus admiratifs que réellement touchés par ce spectacle d’une transformation involontaire, dont les prouesses médicales sont diamétralement opposées au bien-fondé éthique de cette opération diabolique. De toute façon, Pedro Almodovar n’a jamais été l’observateur neutre d’une normalité rassurante. Il se délecte plutôt de l’orchestration sophistiquée de pratiques déviantes, qui deviennent en apparence plus acceptables grâce au langage filmique instruit dont il maîtrise les moindres rouages. Sauf que cette histoire-ci est si triviale et qu’elle déborde de tant de pathologies psychologiques et physiques, qu’elle court parfois le risque de ressembler au pastiche exagéré d’un film de Pedro Almodovar, au lieu de marquer une nouvelle étape dans la carrière d’un réalisateur toujours aussi stimulant.
Vu le 8 août 2011, à la Salle Pathé Lamennais, en VO