Indignados
Réalisé par Tony Gatlif (2012)
Drame
| Durée | 89 minutes |
| Sortie | 07/03/2012 |
| Note | 5/10 |
Betty, une jeune clandestine africaine, est parvenue à rejoindre l’Europe par la mer. Arrivée en Grèce, elle est internée dans un camp d’immigrés illégaux. Même après qu’elle a réussi à s’en échapper et à partir en France, sa situation de femme sans papiers ne s’améliore pas. Au lieu de trouver du travail afin de pouvoir soutenir financièrement sa famille restée au village, elle devient le témoin involontaire du soulèvement du peuple indigné face aux mesures prises pour endiguer la crise économique.
La critique
Par Tootpadu 05/03/2012
Les symboles visuellement parlants ne manquent pas dans ce pamphlet du réalisateur Tony Gatlif, qui continue à élargir son champ de réflexion sur l’exclusion, au-delà de la thématique des gitans qui lui tient particulièrement à cœur. Il y a surtout trois images exceptionnellement saisissantes, qui en disent plus long sur la misère des immigrés clandestins que tous les discours politiques et autres prises de position partisanes réunis. Indignados s’ouvre sur une série de plans qui montre des chaussures échouées à la plage, sans leurs propriétaires qui n’ont le plus probablement même pas su franchir cette première étape du calvaire des réfugiés économiques. Aussi facile et peut-être même manipulateur ce symbole soit-il, la caméra le capte sans artefact dans toute sa noblesse tragique. Un peu plus tard, un autre mémorial est érigé à l’honneur de ces hommes et ces femmes sans visage, qui végètent à la marge de notre société plutôt aisée sans que nous voulions les voir, par le biais d’une sorte d’état des lieux dans les campements de fortune sous les ponts de métro, où chaque matelas et chaque tente correspondent à une histoire humaine simplement indiquée par le nom de cette personne absente et son âge. Enfin, la trouvaille visuelle la plus pertinente du film, ce sont ces centaines d’oranges qui déboulent les rues de Tunis pour se déverser au moins partiellement dans un bateau, qui est censé les amener vers de nouveaux horizons.
Si elle part de l’intention tout à fait estimable de tenir compte des bouleversements sociaux majeurs qui secouent depuis quelques mois déjà l’Europe, cette docu-fiction très inégale ne fait guère preuve d’un discours suffisamment nuancé pour nous permettre d’apprécier cette situation de crise sous un autre jour que l’antagonisme manichéen entre les méchants banquiers et les citoyens ordinaires qui manifestent leur mécontentement dans la rue. L’heure est bien sûr à l’indignation et à la prise de position face à un cataclysme financier, qui pourrait se terminer par l’implosion du système capitaliste. Mais l’amalgame auquel le réalisateur procède en mettant maladroitement en perspective la mobilisation des Européens et la déchéance des immigrés, ne produit aucune dynamique narrative susceptible de rendre cette problématique plus universelle et par conséquent plus accessible.
Il serait sans doute hâtif d’imputer ce ton flou et abstrait au livre de Stéphane Hessel, « Indignez-vous ! », dont ce film est une libre adaptation. Toujours est-il qu’à force de vouloir tenir compte de tous les fléaux sociaux à la fois, le récit de Tony Gatlif a une fâcheuse tendance à s’éparpiller, voire à multiplier les symboles ennuyeusement approximatifs. Car à l’opposé des images fortes évoquées plus haut se trouve un nombre au moins équivalent de métaphores prétentieuses, comme la canette qui roule, la danse de flamenco dans la cour de l’immeuble abandonné, et l’enfermement de Betty dans cette ville fantôme espagnole où personne n’habitera jamais.
Si elle part de l’intention tout à fait estimable de tenir compte des bouleversements sociaux majeurs qui secouent depuis quelques mois déjà l’Europe, cette docu-fiction très inégale ne fait guère preuve d’un discours suffisamment nuancé pour nous permettre d’apprécier cette situation de crise sous un autre jour que l’antagonisme manichéen entre les méchants banquiers et les citoyens ordinaires qui manifestent leur mécontentement dans la rue. L’heure est bien sûr à l’indignation et à la prise de position face à un cataclysme financier, qui pourrait se terminer par l’implosion du système capitaliste. Mais l’amalgame auquel le réalisateur procède en mettant maladroitement en perspective la mobilisation des Européens et la déchéance des immigrés, ne produit aucune dynamique narrative susceptible de rendre cette problématique plus universelle et par conséquent plus accessible.
Il serait sans doute hâtif d’imputer ce ton flou et abstrait au livre de Stéphane Hessel, « Indignez-vous ! », dont ce film est une libre adaptation. Toujours est-il qu’à force de vouloir tenir compte de tous les fléaux sociaux à la fois, le récit de Tony Gatlif a une fâcheuse tendance à s’éparpiller, voire à multiplier les symboles ennuyeusement approximatifs. Car à l’opposé des images fortes évoquées plus haut se trouve un nombre au moins équivalent de métaphores prétentieuses, comme la canette qui roule, la danse de flamenco dans la cour de l’immeuble abandonné, et l’enfermement de Betty dans cette ville fantôme espagnole où personne n’habitera jamais.
Vu le 27 février 2012, au Club Marbeuf, en VO
★★★★★☆☆☆☆☆
5/10