Vivaldi et moi

Vivaldi et moi
Titre original:Primavera
Réalisateur:Damiano Michieletto
Sortie:Cinéma
Durée:111 minutes
Date:29 avril 2026
Note:
Au début du XVIIIᵉ siècle, l’Ospedale della Pietà à Venise recueille et forme de jeunes orphelines à la musique. Dissimulées au public, souvent masquées ou derrière une grille, l’orchestre de jeunes filles se produit pour les riches mécènes de l'institution. Cécilia, 20 ans, y excelle en tant que violoniste. Jusqu'au jour où l'arrivée d’un nouveau maître de musique, Antonio Vivaldi, vient bousculer sa vie et celle de l’Ospedale.

Critique de Cookie

C’est avec une curiosité presque teintée de méfiance que l’on découvre Vivaldi et moi (Primavera), premier long-métrage de Damiano Michieletto, tant son titre évoque la douceur d’un renouveau alors que le film nous entraîne vers une réalité bien plus sombre et contraignante. Derrière cette fresque située dans la Venise du XVIIIe siècle, le cinéaste ne se contente pas de dresser le portrait de Antonio Vivaldi, mais choisit surtout de mettre en lumière le destin fragile d’une jeune orpheline évoluant dans un monde où le talent ne suffit pas à garantir la liberté. Inspiré du roman Stabat Mater de Tiziano Scarpa, le récit oscille entre beauté formelle et tension intérieure, offrant une œuvre élégante mais parfois retenue dans ses élans.

Au cœur du film, le personnage de Cecilia s’impose avec force, porté par l’interprétation intense de Tecla Insolia. Cette jeune violoniste prodige incarne avec justesse une âme en quête d’affection et d’émancipation, tiraillée entre ses aspirations artistiques et un avenir imposé. Son regard, souvent chargé de silence, traduit toute la profondeur de son enfermement. Son parcours touche par son universalité, celui d’un talent prisonnier d’un système rigide, où l’expression personnelle semble constamment freinée. Cecilia joue avec passion, mais semble privée de la possibilité de vivre pleinement, une idée qui traverse le film avec délicatesse.

L’arrivée de Michele Riondino dans le rôle de Antonio Vivaldi apporte une nuance intéressante. Loin de l’image flamboyante du compositeur, il est ici présenté comme un homme plus fragile, presque en retrait, partagé entre son désir de création et ses limites face aux contraintes du système. La relation entre maître et élève, empreinte de respect et de retenue, se développe avec finesse, sans jamais tomber dans l’excès dramatique. Cette approche apporte une certaine élégance, même si elle peut parfois laisser le spectateur sur sa faim, les émotions restant contenues.

Visuellement, le film est une véritable réussite. La photographie de Daria D'Antonio sublime chaque plan, recréant une Venise à la fois somptueuse et oppressante. Les jeux de lumière, les ombres et les décors donnent au film une dimension picturale remarquable. Les costumes conçus par Maria Rita Barbera et Gala Calderone renforcent cette immersion dans une époque où le raffinement côtoie une forme d’enfermement social. Chaque image semble pensée avec soin, donnant au film une esthétique proche d’un tableau vivant.

La musique occupe naturellement une place essentielle, sans jamais s’imposer de manière excessive. Elle accompagne le récit avec subtilité, soutenant les émotions sans les écraser. Les compositions inspirées de Antonio Vivaldi, enrichies par celles de Fabio Massimo Capogrosso, traduisent les tensions intérieures des personnages et leur désir de liberté. Certaines scènes musicales, notamment les confrontations entre élèves, illustrent parfaitement la musique comme un espace d’expression et de rivalité.

Le film aborde également une dimension plus sociale et politique à travers le fonctionnement de l’Ospedale della Pietà, révélant un système où les jeunes femmes sont à la fois formées et contraintes. Les personnages incarnés par Fabrizia Sacchi et Andrea Pennacchi rappellent les règles strictes de cet univers, tandis que Stefano Accorsi, dans le rôle du fiancé de Cecilia, incarne une autorité plus directe, soulignant le poids des conventions et des attentes sociales.

Malgré toutes ses qualités, Vivaldi et moi (Primavera) laisse une impression légèrement contrastée. Le film captive par sa beauté et son atmosphère, mais reste parfois en retrait sur le plan émotionnel. Tout est maîtrisé, soigné, presque trop, ce qui peut donner le sentiment d’une œuvre qui n’ose pas pleinement se libérer. On suit le récit avec intérêt, sans toujours être totalement bouleversé.

Au final, Vivaldi et moi (Primavera) est un film élégant, porté par une mise en scène raffinée et des interprétations justes. Il offre une immersion dans un univers riche et contraint, où la musique devient un moyen d’expression essentiel. Une œuvre sensible, qui séduit par son esthétique et son atmosphère, tout en laissant une certaine distance émotionnelle.

Vivaldi et moi (Primavera)
Réalisé par Damiano Michieletto
Écrit par Ludovica Rampoldi
D'après « Stabat Mater » de Tiziano Scarpa
Produit par Carlotta Calori, Nicola Giuliano, Marc Missonnier, Francesca Cima, Viola Prestieri
Avec Tecla Insolia, Michele Riondino, Andrea Pennacchi, Fabrizia Sacchi, Valentina Bellè, Stefano Accorsi
Directeur de la photographie : Daria D'Antonio
Montage : Walter Fasano
Musique : Fabio Massimo Capogrosso
Sociétés de production : Warner Bros. Entertainment (Italie), Indigo Film, Moana Films
Distribution : Diaphana Distribution (France)
Dates de sortie : 6 septembre 2025 (TIFF), 29 avril 2026 (France)
Durée : 111 minutes

Vu le 11 février 2026 au Club Marbeuf

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