Welcome in Vienna 1 Dieu ne croit plus en nous

Réalisé par Axel Corti (2011)

Drame historique
Welcome in Vienna 1 Dieu ne croit plus en nous
Durée 115 minutes
Sortie 30/11/2011
Note 7/10

En novembre 1938, Ferry Tobler, le fils d’un marchand juif assassiné pendant la Nuit de Cristal, se retrouve sans rien. Alors que l’arrivée des troupes allemandes est imminente à Vienne, Ferry réussit à se réfugier à Prague, où il se lie d’amitié avec Gandhi, un ancien soldat allemand rescapé du camp de Dachau, et Alena, une Tchèque qui est en charge de la coordination du flux des immigrants juifs. Au bout de quelques mois, leur présence y est une fois de plus compromise, à cause de l’avancée de l’armée de Hitler. Seule la France permettra alors aux rescapés du régime nazi de servir d’escale avant le départ vers un pays lointain, pour lequel il devient de plus en plus difficile d’obtenir un visa.

La critique

Par Tootpadu 14/02/2012

A première vue, les années 1980 ont coïncidé pour le cinéma allemand avec un déclin irréversible, qui perdure en quelque sorte jusqu’à ce jour : l’enfant terrible Rainer Werner Fassbinder était mort à un âge si jeune que nous-mêmes l’avons déjà atteint, et les porteurs d’espoir comme Wim Wenders et Volker Schlöndorff ont quitté leur pays pour tenter leur chance aux Etats-Unis, avec, comme on le sait rétrospectivement, un succès très mitigé. Pendant cette décennie maudite, il existait pourtant légèrement à l’écart des sentiers battus plus que la promesse d’une renaissance, puisque deux productions d’envergure pour la télévision – selon les pays exploitées en salles ou sur le petit écran – ont participé d’une façon exemplaire à la démarche nécessaire, quoique épineuse, d’affronter une Histoire récente peu glorieuse et donc de préférence occultée. Et la saga épique Heimat de Edgar Reitz, et la trilogie Welcome to Vienna de Axel Corti faisaient figure d’exception et de précurseur à une époque, où la qualité des téléfilms était communément inférieure à celle des longs-métrages de cinéma ; une hiérarchie de prestige qui n’est plus aussi scrupuleusement respectée de nos jours, quand l’amalgame médiatique brouille les frontières entre ces cases de réception d’antan.
Dans la première partie de cette épopée sur l’exode juif, qui a connu en France un succès public assez étonnant pour un film aussi ancien et long, il est question de l’étau qui se resserre petit à petit autour d’un groupuscule de réfugiés, assez chanceux pour avoir échappé aux premiers convois vers les camps d’extermination. On ne voit dans Dieu ne croit plus en nous l’ennemi nazi que par l’intermédiaire de documents d’archives, adroitement intégrés dans le récit. Cette façon détournée de montrer le danger suscite cependant un ton tendu et fataliste auquel il est impossible de se soustraire. La bande d’artistes de la survie qui se retrouve au fil des différentes étapes de leur périple, d’abord à Prague, puis à Paris et à Marseille, est réduite à attendre et à espérer qu’un coup de chance leur permettra d’avancer d’une case vers le paradis américain, ou par défaut de se procurer un laissez-passer pour une destination de second choix, comme l’Uruguay ou l’Espagne. Ces personnages déracinés et exclus ne peuvent compter que sur leur propre inventivité et dextérité pour subsister dans un contexte de crise, qui porte bien évidemment le sceau de l’Histoire, mais qui ressemble par bien des aspects à la situation actuelle, où la débâcle économique de l’Europe ne se soldera certes pas par une nouvelle guerre, mais tout au moins par une dégringolade préoccupante du niveau de vie. Et puisque dans la disette l’égoïsme est roi, la faible solidarité entre les rescapés ne suffira pas pour contre-balancer l’opportunisme de ceux et celles qui exploitent sans vergogne leur situation, au profit d’un peu d’or ou d’une couverture.
Il aurait été facile de s’apitoyer sur ces pauvres juifs, les pions sans défense sur l’échiquier de l’Histoire dont la majorité finira tôt ou tard dans les chambres à gaz. La narration d’Axel Corti se distingue au contraire par une très grande sobriété, voire par un humour noir, qui ne fait qu’accentuer encore le côté humain de cette aventure désespérante. Les petites touches ironiques abondent ainsi, comme les bus parisiens qui servent à transporter les juifs allemands vers le camp d’internement juste après qu’on a chanté leurs louanges dans les actualités dans le cadre de l’effort de guerre, comme le spectateur français qui insulte les juifs parce qu’ils parlent en allemand pendant la séance, ou comme le soldat issu des colonies africaines qui court après Ferry dans les rues de Marseille, dans un ballet de la peur absurde exécuté par deux laissés-pour-compte d’un système qui les exploite sans leur réserver une place d’égalité. On assiste alors à la première partie doucement enthousiasmante d’une chronique sans fard sur un des chapitres les plus sombres de l’Histoire européenne, observé depuis le point de vue de ceux et de celles qui n’ont à aucun moment eu leur mot à dire dans ce conflit meurtrier.

Vu le 13 février 2012, à l’Arlequin, Salle 3, en VO

★★★★★★★☆☆☆ 7/10

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