Rhum express
Réalisé par Bruce Robinson (2011)
| Durée | 120 minutes |
| Sortie | 30/11/2011 |
| Note | 6/10 |
En 1960, le journaliste Paul Kemp débarque à Porto Rico afin d’y travailler pour le quotidien local. Ce romancier alcoolique et frustré doit vite se rendre compte que son emploi dans ce décor paradisiaque consiste essentiellement en la rédaction d’horoscopes fantaisistes et de reportages sur les touristes américains venus sur l’île pour jouer au bowling. Alors que son journal doit faire face à de sérieux problèmes financiers, Kemp croit avoir déniché une source de revenu bien plus lucrative en la personne de l’entrepreneur Sanderson, qui souhaite l’embaucher en tant qu’agent de promotion d’un ambitieux projet immobilier sur un atoll jusqu’à présent vierge de toute influence humaine. Ce n’est pas tant la richesse apparente de son futur patron qui séduit Kemp que la beauté de sa fiancée Chenault.
La critique
Par Tootpadu 14/12/2011
Le parcours du protagoniste s’inscrit ainsi dans une sorte de roman d’apprentissage au ton décalé, qui bénéficie grandement du décors portoricain. Le dépaysement et l’évocation crédible d’une époque révolue, qui comporte déjà les signes annonciateurs de l’exploitation touristique des paradis exotiques, comptent parmi les réussites incontestables du film, à tel point que ce côté doucement rétro atténue les aspects moins exemplaires du séjour du contestataire en herbe sur l’île. Peu importe que Paul Kemp se soûle à longueur de journée, qu’il fricote avec des hommes d’affaires racistes, qu’il pique la femme de l’un d’entre eux, ou qu’il fréquente des individus suspects, qui sont pris au piège entre la fainéantise généralisée aux Caraïbes, la facilité de s’y procurer toutes sortes de substances illicites, et une nostalgie plus que douteuse pour les discours de Hitler, ses aventures gardent toujours un petit air bon enfant, comme si tout ce marasme existentiel était incapable d’altérer l’état d’esprit désabusé, voire nihiliste, de ce futur porte-parole de la contre-culture américaine. Le plus étonnant dans ce joyeux désordre est que Kemp y trouve une matière de réflexion suffisamment substantielle pour acquérir une conscience politique, alors qu’il ne se laissait porter jusque là que par les flots de rhum et autres invitations aux beuveries qui rythmaient son quotidien.
Le retour de Johnny Depp, la vedette planétaire qui ne fait plus que des spectacles creux, mais richement payés, à un style de film plus intimiste fonctionne assez bien dans ce prologue indirect à Las Vegas Parano. Son visage poupin aux traits sans âge lui permettent de se glisser dans la peau d’un personnage, qu’il avait déjà interprété près de quinze ans plus tôt alors que l’alter ego de Thompson avait eu dix ans de plus. Cette impassibilité des expressions faciales, qui laissent apparaître tout juste un léger étonnement face à toute cette agitation qui se déchaîne, convient cependant parfaitement à cet observateur et critique acerbe d’une civilisation, qui a entamé au plus tard depuis les années 1960 le lent déclin vers une absurdité absolue. Dommage alors que la narration tout à fait serviable de Bruce Robinson ne sache pas y apporter le piquant nécessaire pour faire de ce film divertissant une œuvre réellement polémique.
Vu le 12 décembre 2011, à l’UGC Ciné Cité Bercy, Salle 34, en VO