Faubourg Saint-Martin
Réalisé par Jean-Claude Guiguet (1986)
Drame
| Durée | 87 minutes |
| Sortie | 10/12/1986 |
| Note | 6/10 |
Madame Coppercage dirige un hôtel trois étoiles dans le dixième arrondissement de Paris. En dehors de sa clientèle ordinaire, elle y a donné refuge à trois prostituée : Suzanne qui prend des cours de chant auprès d’une diva ; la Marquise à qui seule l’éducation de son fils importe ; et Marie, tombée amoureuse depuis trois mois de Paul, qui ne sait rien de la façon dont elle gagne sa vie.
La critique
Par Tootpadu 16/05/2011
L’œuvre de Jean-Claude Guiguet n’a beau compter qu’une poignée de films et quelques courts-métrages à son actif, ce réalisateur a souvent adopté le rôle épineux de l’avocat des écorchés vifs et autres parias d’une société qu’il n’a jamais vraiment cherché à comprendre, ni à transformer. Quand ce cinéaste touchant faisait des films, ce n’était pas pour changer le monde ou pour dénoncer une civilisation injuste envers les faibles, mais plutôt pour fournir à ces derniers une échappatoire cinématographique, dans le but de leur permettre de souffler un certain temps dans un univers fictif à leur écoute. Le départ de la réalité s’y accompagne régulièrement d’une théâtralité marquée, ainsi que d’un ton appuyé dont la stylisation nous emmènerait directement chez Rainer Werner Fassbinder, si elle était poussée encore plus loin.
Il y a forcément quelque chose d’incongru chez des putes que l’on entend réciter Victor Hugo ou bavarder avec des clients sur le vague à l’âme antillais, mais dont l’aspect sordide de la profession se passe exclusivement hors champ. Ce refus de voir la laideur de la braderie du sexe en face, il ne s’accompagne par contre pas d’un regard naïf sur l’humanité. Aucune des quatre femmes au centre de Faubourg Saint-Martin ne se fait d’illusions sur un hypothétique droit au bonheur, qui bouleverserait de toute façon l’ordre immuable des choses. A l’image de la réplique du résident permanent interprété par Lewis Stone dans Grand Hôtel de Edmund Goulding, les clients arrivent et s’en vont de l’établissement, mais rien ne change au fond. Les affaires dans cet hôtel situé dans un quartier populaire de Paris – curieusement pas encore rendu cosmopolite par l’immigration – sont gérées stoïquement par la tenancière, qui ne se laisse ébranler par aucun événement, aussi tragique soit-il.
Le regard de Patachou, imposant, majestueux même, et pourtant habité par un zeste de résignation, convient parfaitement à cette femme revenue de tout, qui cherche néanmoins à faire une petite différence en portant assistance à ces trois filles de joie en détresse. Le film dans son ensemble est orchestré autour d’elle, ce qui n’est pas plus mal, puisqu’en dehors de la romance assez convenue de Marie, les autres personnages vaquent sans une passion particulière à leurs occupations indécentes. Seule Françoise Fabian quitte sa réserve, construite sur une insouciance trop ostentatoire pour être sincère et des propos philosophiques un peu vains, le temps d’une chanson gaie, jusqu’à ce que cette belle échappée vers la comédie musicale se fasse brusquement rappeler à la dure réalité des choses, par le biais du principal sursaut tragique de l’intrigue.
Il y a forcément quelque chose d’incongru chez des putes que l’on entend réciter Victor Hugo ou bavarder avec des clients sur le vague à l’âme antillais, mais dont l’aspect sordide de la profession se passe exclusivement hors champ. Ce refus de voir la laideur de la braderie du sexe en face, il ne s’accompagne par contre pas d’un regard naïf sur l’humanité. Aucune des quatre femmes au centre de Faubourg Saint-Martin ne se fait d’illusions sur un hypothétique droit au bonheur, qui bouleverserait de toute façon l’ordre immuable des choses. A l’image de la réplique du résident permanent interprété par Lewis Stone dans Grand Hôtel de Edmund Goulding, les clients arrivent et s’en vont de l’établissement, mais rien ne change au fond. Les affaires dans cet hôtel situé dans un quartier populaire de Paris – curieusement pas encore rendu cosmopolite par l’immigration – sont gérées stoïquement par la tenancière, qui ne se laisse ébranler par aucun événement, aussi tragique soit-il.
Le regard de Patachou, imposant, majestueux même, et pourtant habité par un zeste de résignation, convient parfaitement à cette femme revenue de tout, qui cherche néanmoins à faire une petite différence en portant assistance à ces trois filles de joie en détresse. Le film dans son ensemble est orchestré autour d’elle, ce qui n’est pas plus mal, puisqu’en dehors de la romance assez convenue de Marie, les autres personnages vaquent sans une passion particulière à leurs occupations indécentes. Seule Françoise Fabian quitte sa réserve, construite sur une insouciance trop ostentatoire pour être sincère et des propos philosophiques un peu vains, le temps d’une chanson gaie, jusqu’à ce que cette belle échappée vers la comédie musicale se fasse brusquement rappeler à la dure réalité des choses, par le biais du principal sursaut tragique de l’intrigue.
Vu le 15 mai 2011, à la Cinémathèque Française, Salle Jean Epstein
★★★★★★☆☆☆☆
6/10