Furie
Réalisé par Fritz Lang (1936)
| Durée | 92 minutes |
| Sortie | 16/10/1936 |
| Note | 7/10 |
Le garagiste Joe Wilson a dû travailler longtemps avant de réunir l’argent nécessaire pour épouser sa copine Katherine. Fou de joie, il est en train de la rejoindre dans la petite ville de Strand où elle était partie un an plus tôt pour raison professionnelle, quand il est arrêté sur la route par la police locale. Quelques indices compromettants font de Joe le suspect numéro un dans l’affaire d’enlèvement d’une petite fille qui a mis toute la région en émoi. La population ne pense même pas s’arrêter au soupçon, puisqu’elle se dirige vers la prison où Joe est incarcéré pour lyncher le présumé coupable.
La critique
Par Tootpadu 01/12/2011
Vu la situation de départ plutôt précaire, cette variation sur des thèmes déjà évoqués puissamment dans M le maudit est tout sauf un film de commande exécuté sans état d’âme. A partir du scénario très solide, qui ne lésine pas sur les revirements et qui s’évertue même à la déconstruction de la notion d’innocence légale et morale, le récit prenant est l’exemple parfait du métissage entre le mécanisme huilé de l’écriture hollywoodienne et un point de vue que l’on appellera par défaut européen, et qui observe en tout cas le fonctionnement de la société américaine de l’extérieur et avec un esprit de dérision remarquable. Que ce soit l’inclusion des médias, assez ingénieuse à l’époque mais rétrospectivement guère plus que la prémonition de la mainmise de plus en plus exclusive de la parole médiatisée sur notre perception du monde, ou la critique à peine voilée des institutions américaines frileuses et par conséquent moralement corrompues, les occasions ne manquent pas pour épicer les étapes successives d’une histoire qui aurait pu tourner au drame platement édifiant entre des mains moins adroites.
La sensibilité et la délicatesse de la mise en scène dépassent en effet le simple potentiel d’ambiguïté morale, obligatoirement inhérent à une trame narrative où la victime sans reproche devient d’une façon macabre la source du mal. Grâce à de petites touches qui finissent par compléter merveilleusement le puzzle d’une affaire plus compliquée qu’il ne paraît à première vue, la narration s’affranchit du cadre toujours un peu renfermé et répétitif du drame judiciaire, pour aboutir au premier petit chef-d’œuvre de la période américaine de Fritz Lang, qui n’allait en connaître qu’un nombre réduit, entre autres à cause du cantonnement de ce réalisateur surdoué dans des genres peu prestigieux.
Revu le 30 novembre 2011, à la Cinémathèque Française, Salle Henri Langlois, en VO