Mères et filles

Réalisé par Julie Lopes Curval (2009)

Drame
Mères et filles
Durée 105 minutes
Sortie 07/10/2009
Note 6/10

Exilée depuis dix ans au Canada, où elle mène une carrière brillante, Audrey retourne voir ses parents en France, peu de temps après le décès de son grand-père Gilles. Les tensions avec sa mère Martine refont tout de suite surface. Audrey préfère alors se mettre un peu à l'écart pendant son séjour, pour pouvoir travailler tranquillement et pour y voir plus clair par rapport à sa grossesse de deux mois. Elle s'installe dans la maison abandonnée de son grand-père, au bord de la mer. En faisant du rangement dans la cuisine, elle trouve un carnet de recettes et de confidences de sa grand-mère Louise, qui avait quitté son mari, Martine et son frère Gérard il y a plus de cinquante ans, sans donner de nouvelles depuis.

La critique

Par Tootpadu 30/09/2009

Un mois après la sortie de Non ma fille tu n'iras pas danser de Christophe Honoré, le cinéma français se morfond toujours avec la même intensité dans le malheur familial, à travers le troisième long-métrage de la réalisatrice Julie Lopes Curval. Le poids du passé et une impossibilité profondément enracinée de communiquer empêchent le retour au bercail d'Audrey, sans doute une fille unique, d'apporter un peu d'apaisement et de sincérité aux rapports familiaux. La distance dans l'espace et le temps n'est pas censé résoudre ce qui n'allait pas depuis le début. Il faudra un élément déclencheur pour bouleverser l'immobilité intransigeante des positions au sein d'une famille presque stérile.
Si l'on peut supposer que l'incertitude soulevée par sa grossesse accidentelle a motivé Audrey à franchir le pas et à confronter au moins indirectement ses parents, c'est la découverte du carnet de notes de la grand-mère mystérieusement disparue, qui amorce un long travail de découverte et de compréhension du passé. Dans ce contexte, les circonstances de la trouvaille inopinée peuvent paraître un peu poussives. Mais curieusement, le côté à peu près fantastique du film, qui ressuscite Louise à l'image grâce à l'imagination d'Audrey, fonctionne étonnamment bien. D'habitude, ce genre de dispositif narratif, qui crée un pont entre le passé et le présent d'une manière artificielle et guère crédible, nous horripile au plus haut point. La douceur pondérante du ton de Mères et filles permet cependant dans le cas présent d'apporter une facette supplémentaire à la vive opposition entre Audrey et sa mère, par le biais de ces retours en arrière imaginaires.
Bien que la conclusion fasse un peu trop rentrer les choses dans l'ordre, sans pour autant effacer complètement les rancunes du passé, ce film, comme celui de Christophe Honoré cité plus haut, ne prétend pas à une obligation au bonheur dans le cadre familial. L'aspect tragique de la révélation finale contredit alors quelque peu la banalité suffocante avec laquelle Martine et sa fille se rendent la vie impossible. Au lieu de se décharger dans des coups d'éclat théâtraux, l'atmosphère est constamment plombée par des non-dits et une antipathie viscérale, qui doit être au moins aussi présente dans les familles réelles que l'affection sirupeuse que la propagande sentimentale, présente surtout dans le cinéma américain, cherche à nous vendre normalement.
Pour exprimer cette oppression, qui se traduit par une névrose, résultant de l'impossibilité de pouvoir accéder à la liberté et de savoir quoi en faire, la réalisatrice Julie Lopes Curval a fait appel à un trio d'actrices d'exception. Marina Hands, Catherine Deneuve et Marie-Josée Croze s'approprient le malheur de ces trois générations de femmes avec une intensité subtile, qui participe pour beaucoup à la réussite de leur film, lent et exigeant, mais pas sans mérite.

Vu le 29 septembre 2009, au Club de l'Etoile

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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