Lady (The)
Réalisé par Luc Besson (2011)
| Durée | 132 minutes |
| Sortie | 30/11/2011 |
| Note | 6/10 |
En 1988, Aung San Suu Kyi, la fille du général ayant contribué à l’indépendance de la Birmanie qui est mariée avec un professeur anglais, rentre dans son pays natal pour prendre soin de sa mère âgée, victime d’une attaque cérébrale. Cette visite initialement d’ordre familial se transforme vite en un engagement humanitaire, quand elle devient le témoin de la suppression violente de la révolte des étudiants par la junte militaire. Dès lors, Aung San Suu Kyi se consacrera entièrement à la lutte pour la liberté de son peuple, quitte à rester assignée à domicile et à être séparée pendant de longues années de son mari et de ses deux fils.
Les critiques
Par Mulder 21/11/2011
La plupart de ses œuvres précédentes parlent d'anti-héros, qui finissent soit par mourir (Léon, Le Grand bleu, Subway, Jeanne d'Arc), soit par sortir de l'engrenage (Nikita). Cette absence caractérise la fameuse patte du réalisateur français le plus commercial et apprécié actuellement. Cependant, sa trilogie Arthur fut une belle déception au niveau réalisation et surtout scénario, comme s’il avait perdu la foi et ne trouvait plus plaisir à exercer son métier. Même constat cinglant pour son adaptation très décevante d’Adèle Blanc Sec, le réalisateur surdoué semble manquer d'inspiration. Depuis longtemps, il préfère donc rester dans l'ombre en qualité de scénariste de films d'action inspirés (la saga Transporter, Danny the dog, Taken).
Pour son dernier film en date, il ne signe que la réalisation et s'appuie sur le scénario de Rebecca Frayn. Cette jeune scénariste a passé trois ans à peaufiner son scénario et a pu interviewer l'entourage de Aung San Suu Kyi, lui permettant ainsi de reconstituer pour la première fois la véritable histoire de cette héroïne birmane. Son courage légendaire et sa force de caractère font de cette femme la personnification de la liberté et le prix Nobel de la paix qu'elle a obtenu est amplement mérité.
Dans la plupart de ses films, Luc Besson dresse des portraits de femmes fortes, courageuses et idéalisées. The Lady est en quelque sorte le mea culpa et la prise de conscience d'un réalisateur commercial signant un film d'auteur. La réalisation brillante de son film confirme donc le bien fondé que Luc Besson est l'un des plus grands réalisateurs français actuels, capable de damner le pion au cinéma américain et surtout de s'imposer dans une fresque puissante, après celle de Jeanne d'Arc. Certes, ce film a divisé notre rédaction, comme c’est le cas avec la presse en général sur les films précédents de ce réalisateur. Mais The Lady est une fresque historique sans fioriture et un constat consternant sur les méfaits de l'armée birmane. Il restera surtout comme un hymne puissant à la résistance. En cela, nous ne pouvons que remercier Luc Besson d'avoir pu enfin nous offrir un grand divertissement intelligent et de qualité, nous ouvrant l'esprit sur le monde et dressant un portrait d’une grande Lady.
Vu le 7 novembre 2011, à l’Elysées Biarritz, en VO
Par Tootpadu 10/11/2011
Le vocabulaire cinématographique de Luc Besson ne paraît contenir que l’emphase et l’exagération comme effets de style pour susciter une quelconque réaction émotionnelle chez le spectateur. Pareille surchauffe du ton a éventuellement pu passer dans le cas de Jeanne d’Arc, un film aussi illuminé que l’interprétation pas sans intérêt de la femme la plus emblématique de l’Histoire française. Mais pour The Lady et sa combattante sans faille des droits de l’homme, dont la persévérance dans le temps et le refus de pathos sont justement les clefs essentielles de son engagement et de son abnégation, il aurait été plus que préférable de changer de vitesse, afin de creuser plus subtilement dans les profondeurs philosophiques et idéologiques de cette résistance pratiquement silencieuse. Rien de tel, hélas, dans ce film pompeux et manichéen qui ressemble à bien des égards aux pamphlets filmiques issus de la Guerre froide, quand il suffisait de dessiner d’une façon caricaturale les deux camps antagonistes pour remporter l’adhésion d’un public apeuré.
Ainsi, la description des dirigeants militaires comme des pantins superstitieux et incapables d’enrayer le mouvement des cœurs qu’Aung San Suu Kyi soulève partout où elle passe ne rend justice ni à la force de caractère d’une femme exceptionnelle, ni au supplice d’un peuple qui se serait débarrassé depuis longtemps de sa classe dirigeante, si elle était réellement aussi inepte et grandiloquente que dans ce film tendancieux. De même, le point de vue sur lequel repose essentiellement le scénario fort conventionnel du film, à savoir la relation à distance entre l’activiste et son mari anglais, renvoie directement à ce regard dépassé et empreint de condescendance du cinéma occidental, qui suppose à tort qu’il faut obligatoirement un personnage blanc en guise de repère pour que le public puisse s’identifier avec une histoire prétendument exotique. Les exemples ne manquent pas dans le cinéma rétrograde des années 1980, où les tragédies humanitaires du Cambodge ou de l’Afrique du Sud ont été placées sous une tutelle blanche dans respectivement La Déchirure de Roland Joffé et Cry freedom Le Cri de la liberté de Richard Attenborough. Le film de Luc Besson opère selon les mêmes règles narratives hautaines, a priori contre-productives à la mise en valeur et à la vulgarisation d’une croisade pour la liberté dans un pays lointain, avec tout ce que cela implique de spécificités culturelles.
En somme, la magnifique histoire de Aung San Suu Kyi aurait mérité mieux qu’un film aussi poussif et émotionnellement grossier que celui-ci. Dans un tel contexte dépourvu de finesse, les interprétations plus que solides de Michelle Yeoh et de David Thewlis ont hélas tendance à manquer d’impact, alors que le destin de leurs personnages se trouve malgré tout – et d’une certaine façon malgré eux – au centre d’un marathon remarquable des droits de l’homme à l’issue incertaine.
Vu le 7 novembre 2011, à l’Elysées Biarritz, en VO