Guerre est déclarée (La)

Réalisé par Valérie Donzelli (2011)

Drame de maladie
Guerre est déclarée (La)
Durée 100 minutes
Sortie 31/08/2011
Note 6/10

Depuis qu’ils se sont rencontrés lors d’une fête, Roméo et Juliette filent un parfait amour. Ils se réjouissent de la naissance de leur premier enfant, Adam, même si les braillements ininterrompus du nourrisson ont de quoi exaspérer les jeunes parents. Mais quand Adam n’arrive toujours pas à marcher à dix-huit mois, quand il vomit de façon spectaculaire et quand une dissymétrie de son visage apparaît, Roméo et Juliette s’inquiètent sérieusement. Le verdict de l’examen effectué auprès d’un spécialiste à Marseille est sans appel : Adam a une tumeur au cerveau. Commence alors un marathon d’opérations et de traitements pour tenter de sauver l’enfant, qui met le couple à rude épreuve.

La critique

Par Tootpadu 26/10/2011

Qu’est-ce que la réalisatrice Valérie Donzelli ferait sans la Nouvelle Vague ? Pour la deuxième fois de suite, elle puise abondamment dans la trousse des dispositifs formels du dernier mouvement majeur du cinéma français, afin de conter dans le cas présent une tragédie de sa vie personnelle. Les différentes fioritures narratives, qui paraissent encore sympathiques quand elles sont censées condenser le bonheur romantique des amoureux au début du film, mais qui deviennent vite encombrantes dès que le drame humain prend le dessus, agissent ainsi plus comme un frein à l’épanouissement émotionnel de La Guerre est déclarée qu’en tant que valeur ajoutée d’un point de vue esthétique à une histoire si forte qu’elle n’en avait nullement besoin. Raconter leur combat exténuant contre la maladie sur le ton d’une comédie un peu loufoque des années 1960 relève sans doute pour la réalisatrice et son fidèle compagnon et co-scénariste Jérémie Elkaïm du mécanisme de défense pour ne pas s’apitoyer sur leur sort. En dépit de l’optimisme encourageant que le film dégage, nous aurions néanmoins préféré une approche plus sobre envers cette mise à l’épreuve très touchante d’un couple presque inébranlable.
L’accent principal du film repose en effet du côté de ce couple charmant, au détriment d’une concentration abusive et convenue sur les déboires médicaux de leur enfant. Peut-être l’aspect le plus digne et appréciable du film est-il que l’on ne voit que rarement Adam, bien que son avenir fortement compromis soit nuit et jour au cœur des préoccupations de ses parents affolés. La gestion de la crise au quotidien, alors que le séjour à l’hôpital s’éternise, se décline également à travers une observation pertinente de la différence des schémas comportementaux entre les hommes et les femmes. Alors que Juliette a tendance à s’éparpiller dans des effusions incontrôlées d’émotions, Roméo aborde le cataclysme familial avec un esprit raisonnable qui est justement censé lui préserver une certaine intégrité émotionnelle. Cette complémentarité des approches d’un problème énorme, la mise en scène ne s’en sert point pour colporter des idées reçues sur la guerre des sexes. Elle la fournit plutôt en tant que point de départ à la compréhension de la cohésion considérable de ce couple, qui aurait très bien pu s’effriter sous la pression et la routine usante des visites à l’hôpital.
En dehors de nos réserves d’un point de vue formel, nous ne pouvons en effet que saluer le très bel hymne à l’amour que Valérie Donzelli a réussi haut la main avec son film. Que Gabriel puisse continuer à vivre normalement en est bien sûr la récompense suprême, mais même sans cette issue heureuse, le calvaire des jeunes parents y recèle une vérité humaine profonde, située quelque part entre une fidélité indéfectible et le risque constant de l’épuisement des ressources affectives et matérielles, que peu de films ont hélas le courage et la conviction de montrer.

Vu le 25 octobre 2011, au Reflet Médicis, Salle 3

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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