Etranger en moi (L')

Réalisé par Emily Atef (2010)

Drame de maladie
Etranger en moi (L')
Durée 99 minutes
Sortie 17/11/2010
Note 5/10

Rebecca et son mari Julian attendent avec impatience la naissance de leur premier enfant. Mais l’excitation retombe d’un coup pour la jeune mère après l’accouchement. Elle se sent comme une étrangère envers son fils Lukas, incapable de lui donner l’affection maternelle auquel son rôle la prédispose. Profondément déprimée et isolée dans sa peine, Rebecca quitte la maison sur un coup de tête et s’enfonce dans les bois.

La critique

Par Tootpadu 14/10/2010

Ce film allemand aurait pu fournir un appui pragmatique au combat de l’actrice Brooke Shields, qui s’était fait l’avocate – il y a quelque temps déjà – de la reconnaissance médicale et sociale de la dépression post-natale. On se souvient en effet de son duel médiatique avec Tom Cruise sur l’utilité d’un traitement par médicaments de ces femmes attristées contre nature par la naissance de leur progéniture. La voie que la réalisatrice Emily Atef a choisie pour son deuxième film, présenté il y a deux ans à la Semaine de la critique cannoise, fait heureusement un grand détour autour des poncifs que les films américains du même genre, comme récemment Mesures exceptionnelles de Tom Vaughan, se complaisent à employer pour susciter un semblant d’émotion.
Son film se démarque par une telle subtilité, que même les finesses du titre original n’arrivent pas indemnes jusque dans son pendant français. L’étranger y est au neutre, ce qui laisse sous-entendre que ce n’est pas le fils qui est à l’origine du problème, mais un malaise intérieur provoqué par la maternité. Toutefois, cette démarche approximative est plus que nécessaire, tant que Rebecca et son entourage ne peuvent pas mettre de nom sur le mal qui la ronge. Pendant la période assez longue de mutisme et d’égarement psychologique de son personnage principal, L’Etranger en moi s’apparente à une quête narrative pas sans intérêt de cette hantise invisible et d’abord indétectable, qui pousse la mère faussement indigne vers un retour à la nature, égarée et presque laissée pour morte dans la forêt.
Une fois qu’elle aura repris pied et qu’elle souhaitera réintégrer le cercle familial, d’une banalité ennuyeuse, le récit a cependant tendance à faire du surplace. Maintenant qu’elle met des mots sur ses actes auparavant incompréhensibles, et qu’elle cherche à s’en repentir d’une manière un brin trop exemplaire, il ne reste plus qu’à la suivre dans son combat déterminé pour retrouver les faveurs de son fils et de son mari. Le choc entre l’instinct maternel et la raison paternelle, inspirée par la précaution et les mauvaises expériences, ne fait alors guère d’étincelles en termes dramatiques. Cette anémie narrative, qui va sensiblement plus loin que la sobriété formelle, est par contre un moindre mal, si l’on considère que le regain en confiance et en amour de la part de Rebecca aurait aussi bien pu dégénérer en une effusion de larmes, par le biais de scènes de ménage caricaturales.
En dépit des efforts de la réalisatrice d’affubler la dépression post-natale d'un minimum de préjugés et de l’interprétation sans affectation de Susanne Wolff, la distance perdure donc entre le spectateur et son personnage, l’un comme l’autre inhibés par l’ampleur de la tâche, de briser le tabou sur une maladie sérieuse, sans tomber dans le mélodrame bassement opportuniste.

Vu le 13 octobre 2010, à la Salle Pathé Lincoln, en VO

★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

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