Michael
Réalisé par Markus Schleinzer (2011)
Interdit aux moins de 12 ans, Drame
| Durée | 96 minutes |
| Sortie | 09/11/2011 |
| Note | 6/10 |
Le courtier d’assurances Michael a enlevé Wolfgang, un garçon de dix ans. Il le séquestre pendant des mois dans la cave de son pavillon, à l’insu de ses voisins et de ses proches. Surveillé de près par le trentenaire, l’enfant doit supporter ses pulsions pédophiles et n’a que rarement droit à des sorties, sans la possibilité de s’évader.
La critique
Par Tootpadu 21/10/2011
Est-ce qu’il arrive parfois aux Autrichiens de rigoler ? Bien sûr, me diriez-vous, les comédies sont traditionnellement plus difficiles à exporter et les particularités d’un humour national plus compliquées à adapter pour le marché étranger. Mais s’il fallait se référer exclusivement aux films de réalisateurs emblématiques comme Michael Haneke et Ulrich Seidl, qui sont pratiquement les seuls à traverser les Alpes pour sortir sur les écrans français, afin de se faire une image de ce peuple qui n’aime de toute façon pas trop sortir de chez lui, on arriverait sans aucun doute au constat alarmant d’une psychologie collective hantée par toutes sortes de pratiques glauques. Dans ce contexte malsain, le premier film de Markus Schleinzer, présenté en compétition au dernier festival de Cannes, ne déroge pas à la règle, puisqu’il retrace la douloureuse captivité d’un gamin par un homme aussi ordinaire que pervers.
Bien que les points communs entre le sort largement médiatisé de Natascha Kampusch, cette fillette retenue pendant plus de huit ans dans une maison près de Vienne, et celui de Wolfgang soient troublants, Michael ne cherche point à tirer superficiellement profit de la proximité de ce fait divers notoire. Ce n’est pas tant la victime qui est au centre de ce film dur et cruel, mais le pédophile, un individu dont c’est avant tout la normalité qui relève de la monstruosité. S’il n’avait pas ce prisonnier soigneusement caché dans sa cave, qu’il traite à la fois comme un fils ingrat et, hors champ, comme un jouet sexuel à sa libre disposition, Michael mènerait un quotidien d’une monotonie ennuyeuse. Son statut de célibataire isolé et solitaire ne le prédestine évidemment pas à devenir un geôlier impitoyable. Il participe pourtant activement au fondement d’une grande détresse sociale et affective, qui se manifeste aussi à travers d’autres troubles comportementaux que les abus sexuels d’un enfant tenu en esclavage. L’instant le plus révélateur de sa perte irrémédiable de repères sains a lieu lorsque l’homme reprend en plein dîner une blague salace qu’il a entendue dans un porno. Or, c’est la réponse d’une noirceur insupportable de la part du garçon qui indique bien à quel point sa captivité n’est pas un jeu pour lui, mais un enfer.
De tels appels sourds au secours, le récit les étouffe sans états d’âme dans un ton clinique, qui ne fait qu’exacerber encore la nature insoutenable de cette situation atroce. Le peu de tension dramatique que la mise en scène parfaitement maîtrisée autorise, sert principalement à souligner le désespoir qui naît des aspects les plus anodins de l’échange entre les deux personnages principaux. Tandis que le gamin se réfugie dans un mutisme qui équivaut la plupart du temps à une passivité, voire à une soumission tacite face au tortionnaire, ce dernier ne montre pas le moindre remords quand il s’applique à banaliser ses rapports sociaux avec sa proie. D’ailleurs, ce sera au spectateur de trouver sa propre grille de jugement au sein d’un film qui reste particulièrement froid et impartial. Mais ce sont justement sa distance morale et son absence de propos accusateurs qui rendent ce drame poignant aussi éprouvant et effrayant à regarder.
Bien que les points communs entre le sort largement médiatisé de Natascha Kampusch, cette fillette retenue pendant plus de huit ans dans une maison près de Vienne, et celui de Wolfgang soient troublants, Michael ne cherche point à tirer superficiellement profit de la proximité de ce fait divers notoire. Ce n’est pas tant la victime qui est au centre de ce film dur et cruel, mais le pédophile, un individu dont c’est avant tout la normalité qui relève de la monstruosité. S’il n’avait pas ce prisonnier soigneusement caché dans sa cave, qu’il traite à la fois comme un fils ingrat et, hors champ, comme un jouet sexuel à sa libre disposition, Michael mènerait un quotidien d’une monotonie ennuyeuse. Son statut de célibataire isolé et solitaire ne le prédestine évidemment pas à devenir un geôlier impitoyable. Il participe pourtant activement au fondement d’une grande détresse sociale et affective, qui se manifeste aussi à travers d’autres troubles comportementaux que les abus sexuels d’un enfant tenu en esclavage. L’instant le plus révélateur de sa perte irrémédiable de repères sains a lieu lorsque l’homme reprend en plein dîner une blague salace qu’il a entendue dans un porno. Or, c’est la réponse d’une noirceur insupportable de la part du garçon qui indique bien à quel point sa captivité n’est pas un jeu pour lui, mais un enfer.
De tels appels sourds au secours, le récit les étouffe sans états d’âme dans un ton clinique, qui ne fait qu’exacerber encore la nature insoutenable de cette situation atroce. Le peu de tension dramatique que la mise en scène parfaitement maîtrisée autorise, sert principalement à souligner le désespoir qui naît des aspects les plus anodins de l’échange entre les deux personnages principaux. Tandis que le gamin se réfugie dans un mutisme qui équivaut la plupart du temps à une passivité, voire à une soumission tacite face au tortionnaire, ce dernier ne montre pas le moindre remords quand il s’applique à banaliser ses rapports sociaux avec sa proie. D’ailleurs, ce sera au spectateur de trouver sa propre grille de jugement au sein d’un film qui reste particulièrement froid et impartial. Mais ce sont justement sa distance morale et son absence de propos accusateurs qui rendent ce drame poignant aussi éprouvant et effrayant à regarder.
Vu le 20 octobre 2011, au Club Marbeuf, en VO
★★★★★★☆☆☆☆
6/10