Une vie simple
Réalisé par Ann Hui (2013)
| Durée | 118 minutes |
| Sortie | 08/05/2013 |
| Note | 7/10 |
La domestique Ah Tao est au service de la famille Leung depuis soixante ans. Elle s’occupe avec un dévouement infaillible du producteur de cinéma Roger, le seul à être resté à Hong Kong, alors que les autres membres de la famille sont partis vivre aux Etats-Unis. Quand Ah Tao souffre d’un infarctus, elle décide de prendre sa retraite et d’intégrer une résidence pour personnes âgées dans son quartier. Roger s’y occupe tant que ses obligations professionnelles le permettent de son ancienne gouvernante qu’il fait passer pour sa marraine.
La critique
Par Tootpadu 29/05/2013
L’impact émotionnel d’Une vie simple opère tout en douceur. La mise en scène hautement délicate de Ann Hui ne succombe point au piège si facile de l’apitoiement sur la courbe crépusculaire du personnage principal, une femme issue d’une couche sociale modeste. La narration accentue au contraire la simplicité de la situation tout à fait banale d’un proche en perte d’autonomie, qui s’installe de plein gré dans une maison de retraite. Ah Tao a beau être fière des accomplissements de sa vie, elle n’en fait pas tout un plat, fidèle en quelque sorte au code d’honneur des domestiques d’une autre époque, dont le bonheur dépendait de la satisfaction de leurs patrons. Elle préfère s’effacer dans le tohu-bohu de sa nouvelle maison, où la vieillesse fait sournoisement des ravages. Son pragmatisme de l’employée qui avait un foyer à gérer et les enfants des autres à élever ne la condamne point à l’inactivité. Il l’a juste préparée indirectement à accepter l’ultime chapitre de sa vie, ce lâcher prise d’une existence aux petits soins qu’elle achève avec une grande lucidité.
Cette résignation sans remords est magistralement réverbérée à travers la relation qu’Ah Tao entretient avec Roger. De leur lien affectif – d’ailleurs bien plus sincère que celui que ce célibataire endurci a avec sa mère, une femme d’un autre monde et à l’aspect infiniment plus jeune et préservé que les traits fatigués de la vieille travailleuse – émane une pudeur au charme désarmant. Or, le récit ne s’emploie pas du tout à une offensive de charme pour amadouer le spectateur, en émerveillement devant une telle simplicité des sentiments, une telle décence de la loyauté à travers les générations. Par une absence de pathos qui borde à la sécheresse sentimentale, il préfère rendre leurs lettres de noblesse à ceux qui voient la récompense du dur labeur d’une vie dans des biens immatériels, ainsi qu’à un façon de vieillir toujours digne, mais pas forcément plaisante.
Vu le 28 mai 2013, au Lincoln, Salle 1, en VO