Noces éphémères

Réalisé par Reza Serkanian (2011)

Drame familial
Noces éphémères
Durée 84 minutes
Sortie 09/11/2011
Note 6/10

A l’occasion des festivités autour de la circoncision de ses neveux, la veuve Maryam rend visite à sa belle-famille à la campagne. Alors que ces retrouvailles coïncident également avec le retour de l’armée de son beau-frère Kazem, qui doit se fiancer avec sa cousine Effat, Maryam souhaite surtout en profiter pour régler une fois pour toutes la question de la garde de sa fille Sarah, avant de partir à l’étranger.

La critique

Par Tootpadu 19/10/2011

Pour une communauté artistique qui subit de plein fouet la persécution d’un régime totalitaire dont la censure et la torture figurent parmi les armes les plus redoutables, le cinéma iranien se porte étonnamment bien ! Alors qu’il fallait autrefois attendre plusieurs mois, voire des années, avant de découvrir le prochain film d’Abbas Kiarostami ou de Mohsen Makhmalbaf, la nouvelle génération des cinéastes iraniens fait preuve d’une vivacité coriace, qui ne se laisse guère intimider par des circonstances extérieures à première vue précaires, mais en fin de compte d’une richesse inouïe pour quiconque veut bien raconter au monde l’histoire de ce peuple opprimé. En dehors de toute considération commerciale qui découle forcément d’un sujet à la pointe de l’actualité internationale, le forum que les distributeurs français offrent à cette cinématographie vilipendée et sabotée par ses propres institutions permet de se former une opinion personnelle de cette civilisation persane, injustement réduite par la propagande occidentale à une menace terroriste de fanatiques islamistes. Tourner de nos jours un film en Iran relève du parcours du combattant, bien que la doigté avec laquelle les réalisateurs – et un nombre non négligeable de réalisatrices – doivent contourner les interdits draconiens en dise au moins aussi long sur leurs intentions que le propos forcément aseptisé qui arrive jusqu’à l’écran.
Sans atteindre la bravoure formelle, ni la portée universelle d’Une séparation de Asghar Farhadi, ou ce que le cinéma iranien a produit de mieux ces dernières années, le premier long-métrage de Reza Serkanian puise dans le même vivier de traditions familiales et d’ambitions sentimentales, qui doivent encore rester cachées dans cette société en pleine évolution. A partir d’un récit choral, qui attribue une place à peu près égale à une demi-douzaine de personnages, Noces éphémères dresse sans complaisance le portrait d’une famille qui cherche à respecter les coutumes anciennes, tout en les adaptant le cas échéant aux besoins de l’individu. De cet écart entre le conformisme imposé et la liberté des pulsions amoureuses naît ici une tension dramatique, qui ne pourra trouver à l’heure actuelle aucune issue salutaire en Iran. Il s’agit pour l’instant d’intérioriser ce désir et cette peine de ne pas pouvoir l’assouvir dans des films aussi subtils et néanmoins optimistes que celui-ci. L’intrigue reste certes un peu trop dans le vague, quant aux véritables projets de Maryam, la belle-fille modèle qui a pourtant déjà été largement influencée par ses amis occidentaux, et de Kazem, un jeune homme un peu trop empressé de se marier, ne serait-ce que temporairement. Mais dans toute sa sobriété aux très légers accents folkloriques et sa frilosité involontaire, la narration ne perd jamais de vue le conflit qui oppose en sourdine l’impératif des mœurs respectables d’un point de vue religieux et une conception moins étroite et réglementée de l’existence.
Les rares maladresses de la mise en scène, surtout perceptibles lors de l’introduction un peu chaotique, n’enlèvent rien à la sincérité de la démarche du réalisateur expatrié, qui remporte presque haut la main le jeu du chat et de la souris auquel il a dû se prêter avec les autorités iraniennes afin de mener à bien son film. Puisque les sentiments n’ont pas le droit de s’exprimer librement, ils deviennent les porteurs d’un chagrin qui fend le cœur. Et le fait que les deux protagonistes de cette romance, avortée avant même qu’elle n’ait commencé, sont interprétés par des comédiens d’une sensualité extraordinaire accentue encore notre peine de voir ces personnages doucement téméraires s’incliner devant un ordre moral sans pitié.

Vu le 19 octobre 2011, à la Salle Pathé Lincoln, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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