Poulet aux prunes

Réalisé par Marjane Satrapi, Vincent Paronnaud (2011)

Comédie
Poulet aux prunes
Durée 91 minutes
Sortie 26/10/2011
Note 6/10

Iran, 1958. Le violoniste célèbre Nasser Ali n’a plus d’instrument sur lequel il pourrait exercer son art. Il cherche alors aux quatre coins du pays un violon capable de lui redonner goût à la vie. Toutes ses tentatives échouent cependant et Nasser Ali se résigne à attendre passivement la mort. Les quelques jours qui le séparent du trépas, il les passe dans son lit, en se remémorant son coup de foudre de jeunesse, ses succès de musicien, et son existence désespérante d’homme marié avec une femme qu’il n’a jamais aimée.

La critique

Par Tootpadu 12/10/2011

Le changement de registre que les réalisateurs Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud ont opéré avec leur deuxième film ensemble est quasiment imperceptible. Le départ de l’animation pure ne coïncide nullement ici avec un gain en réalisme ou une rupture du ton poétique, qui avait permis à Persepolis de remporter un franc succès auprès d’un public adulte. Ce film-ci a beau avoir été tourné – à de rares exceptions près – en prises réelles, son aspect visuel repose amplement sur l’artifice, sorti sans trop de détours de l’univers de la bande dessinée. Poulet aux prunes s’inscrit par conséquent dans la continuité esthétique du film précédent du tandem de réalisateurs.
Il y est une fois de plus question de biographie romancée, à la différence près que Nasser Ali se morfond dans des pensées funestes, là où Marjane retraçait sa vie depuis des débuts relativement prometteurs. La voix en apparence si soyeuse et rassurante d’Edouard Baer, qui n’est – quelle désillusion – que l’ange de la mort qui attend patiemment son heure, nous guide à travers les derniers jours de ce pauvre malheureux, dont la fin est inéluctable puisque son enterrement nous est montrés d’entrée de jeu. Alors que le cadre visuel ferait plus penser à l’œuvre de Jean-Pierre Jeunet, le ton se démarque par une irrévérence ironique qui relativise amplement les jérémiades du protagoniste las de vivre, mais finalement tout aussi réticent à lâcher prise.
La dernière partie du film opère en effet un retournement assez radical, pour nous montrer quelle déception sentimentale de jeunesse est à l’origine du chagrin, qui a accablé Nasser Ali pendant pratiquement toute son existence d’homme adulte. En bien arrangeant les pièces du puzzle narratif qu’il nous a si élégamment présentées jusque là, le récit montre avec sensiblement moins de finesse que l’arrêt de mort du musicien désabusé n’était pas la perte de son instrument, mais une rencontre fortuite en pleine rue. A notre goût, ce passage à l’eau de rose à l’état pur, dépourvu des petites piques qui rendaient auparavant l’agonie du personnage principal si amusante, relève de ces partis pris narratifs, qui risquent de diluer l’intention honorable d’un film jusqu’à ce qu’elle devienne méconnaissable. Ainsi, au lieu de nous galvaniser par son humour macabre, le film nous laisse sur une note tristounette, qui est presque en contradiction, à travers sa charge sentimentale, avec la noirceur si jouissive du début.

Vu le 4 octobre 2011, au Club de l'Etoile

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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