Spéciale première

Réalisé par Billy Wilder (1975)

Comédie
Spéciale première
Durée 105 minutes
Sortie 26/03/1975
Note 6/10

En 1929, l’assassin et communiste Earl Williams est sur le point d’être exécuté. La salle de presse du palais de justice de Chicago est en ébullition à la veille de la pendaison matinale. Seul le célèbre journaliste Hildy Johnson manque à l’appel, au grand dam de son rédacteur en chef coléreux Walter Burns. Quand Hildy arrive enfin dans les bureaux de son journal, tout détendu et de bonne humeur, ce n’est pas pour reprendre la plume mais pour annoncer sa démission. Il compte en effet partir le soir même à Philadelphie, afin d’y épouser la jeune Peggy. Walter Burns tentera par tous les moyens de le dissuader de ce choix de vie en parfait désaccord avec son talent hors pair d’enquêteur, quitte à le faire passer pour un exhibitionniste et un voleur.

La critique

Par Tootpadu 09/08/2013

La pièce de théâtre « The Front page » de Ben Hecht et Charles MacArthur a été adaptée pour la troisième et dernière fois sans trop de changements dans ce film de la fin de carrière du réalisateur Billy Wilder. Sa version mise à jour pour le monde de la télévision à la fin des années 1980, Scoop de Ted Kotcheff, l’a déformée tellement, qu’il ne convient pas de la considérer en tant qu’adaptation fidèle d’une histoire qui avait fait les beaux jours de la comédie pétillante du Hollywood des années ’30, surtout dans le magistral La Dame du vendredi de Howard Hawks. Alors que les années ’70 étaient plutôt habituées à ces hommages rétro – il suffit de penser au succès de L’Arnaque de George Roy Hill sorti un an plus tôt que Spéciale première ou le recyclage récurrent des vedettes d’antan dans les films catastrophes à la mode à ce moment-là – ce film doit néanmoins paraître un peu vieillot dans le contexte d’une période hélas assez brève, où le cinéma américain osait encore entreprendre des expériences nouvelles dans la forme et le fond. Qu’il demeure malgré tout une comédie plaisante quarante ans plus tard, on le doit principalement à l’énergie de l’histoire originale, adaptée avec son cynisme habituel par Billy Wilder et son fidèle collaborateur I.A.L. Diamond.

Les dignes héritiers de la verve de Billy Wilder ne se bousculent pas au portillon, puisque les deux seuls prétendants manquent soit de finesse, dans le cas de Alexander Payne, soit de mordant et d’une carrière au rythme assez soutenu, dans celui de Cameron Crowe. Car même dans un film mineur, comparé aux chefs-d’œuvre qui sont parsemés au fil d’un parcours d’artiste plus que respectable, Wilder sait tirer le meilleur profit d’un matériel qui commence à se faire vieux, comme lui-même. Le ton de cette soirée tumultueuse autour de l’évasion d’un pauvre schnock, aux répliques qui fusent sans discontinuer comme des salves de mitraillette, est ainsi l’atout majeur d’un film qui accuse sinon ses origines théâtrales. Cependant, la mise en scène de Billy Wilder sait convenablement contenir les envols trop hystériques, tout en conférant une élégance sortie directement de la vieille école du cinéma hollywoodien aux séquences plus calmes, comme lors de l’exposition qui a tendance à s’étirer en longueur avant que les hostilités ne commencent.

Enfin, comment ne pas déceler dans cette comédie relativement subtile, mais pas très éclairée dans son traitement péjoratif des personnages et autres expressions homosexuels, quelques cas de figure qui ne nous sont pas entièrement étrangers en tant que journaliste amateur. La guéguerre que se livrent Hildy Johnson et son rédacteur en chef Walter Burns, d’ailleurs joués d’une façon toujours aussi désarmante par le duo de légende Jack Lemmon et Walter Matthau, nous rappelle en effet les rapports pas toujours très paisibles au sein de notre rédaction. Même si Mulder est bien sûr animé par des intentions infiniment plus honorables et constructives que le calomniateur sans limite, qui apporte toutefois un petit côté piquant au film. Ce n’est pas assez pour en faire un dernier coup de maître, deux films avant la retraite bien méritée de Billy Wilder. Cela suffit par contre pour nous rappeler à quel point la comédie des années ’30 disposait d’une vigueur malicieuse que le cinéma américain n’a jamais su reproduire depuis.

 

Vu le 8 août 2013, au Louxor, Salle 2, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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