Comment tuer son boss ?
Réalisé par Seth Gordon (2011)
| Durée | 98 minutes |
| Sortie | 17/08/2011 |
| Note | 6/10 |
Des trois amis Nick, Dale, et Kurt, seul le dernier s’épanouit dans son travail de comptable, grâce à son patron Jack Pellit qui est presque comme un père pour lui. Tandis que l’assistant dentaire Dale se fait sans cesse harceler sexuellement par la dentiste Julia Harris, Nick n’échappe pas aux brimades cruelles de son supérieur Dave Harken, en dépit du respect scrupuleux des horaires de travail à rallonge. Quand le vieux Pellit meurt subitement, laissant l’entreprise familiale à son fils égoïste Bobby, Kurt comprend à son corps défendant les frustrations professionnelles de ses amis. Puisqu’il leur est impossible de démissionner, ces trois employés vicieusement exploités décident de se débarrasser de leurs patrons respectifs d’une manière aussi définitive que peu légale. Le tout est de savoir comment procéder au meurtre du psychopathe, de la nymphomane, et du blaireau, sans se faire prendre …
Les critiques
Par Mulder 23/08/2011
Ce film repose sur l'opposition voulue entre les acteurs (les employés) issu du monde de la télévision et ceux issus du monde du cinéma (les bosses). Seth Gordon semble plus près de la première catégorie, qui permet réellement de tenter de nouvelles choses (comment tuer un patron irritant) que celui du monde de cinéma où les acteurs mondialement connus ont un ego surdimensionné et peuvent opposer leurs diktats au bon vouloir des Majors (la scène où Colin Farrell veut virer une salariée en est l'exemple parfait). Son film s’impose ainsi comme la comédie déjantée de l’été, certes guère innovante (comme les séries actuelles), mais construit avec brio et permettant surtout à chaque comédien de laisser libre cours à son inspiration. Loin des comédies américaines familiales, ce film est un pur plaisir jouissif régressif.
La structure du film permet pratiquement d’exploiter tous les travers et dysfonctionnements de notre société et donne une vision très réaliste de nos entreprises. Elle montre surtout que ce ne sont pas les plus méritants qui auront le plus de possibilités d’évolution. Ce n’est pas non plus en buvant un whisky le matin, en écoutant sans broncher les demandes de nos supérieurs que nous réussirons notre vie active. Au contraire, comme le montre si bien ce film tout en le poussant à son paroxysme, un bon employé doit savoir tenir tête à son supérieur, si ses arguments vont dans le bon sens et permettent à sa société d’aller de l’avant. Le sujet ici traité même avec un humour dévastateur montre que l’épanouissement personnel tient plus à notre cercle d’amis qu’à une supposée augmentation en échange d’un investissement total. Chaque personnage est donc bien représentatif de notre société actuelle, de ses travers, de nos mœurs et montre que personne n’est parfait et que ce sont nos défauts qui font de nous des être humains ordinaires.
Hollywood est donc actuellement en train de reformater ses comédies traditionnelles pour en faire des comédies plus adultes et typiques des années 2010. Depuis Mary à tout prix, les frères Farrelly ont marqué nos mémoires et les comédies dans la veine de Very bad trip et de ce film en sont les descendants directs. Bonne surprise de cet été, Comment tuer son boss ? est un film parfait pour nous changer nos idées et rire de nos travers.
Vu en juillet 2011, à l’Arclight, Los Angeles, en VO
Par Tootpadu 02/08/2011
De ce point de vue, le deuxième film du réalisateur Seth Gordon a beaucoup de points en commun avec Bon à tirer, le dernier film des frères Farrelly. Dans les deux cas, un groupe d’amis s’ennuie de son quotidien fade, voire insupportable, dont la seule issue paraît être respectivement la permission de tromper sa femme ou celle encore plus immorale de se débarrasser de son patron. La liberté nouvellement gagnée de mettre ce plan machiavélique à exécution réserve certes quelques situations savoureuses aux malfrats néophytes. Mais dans l’ensemble, leurs remords et leur maladresse les enferment dans une sorte d’inertie peureuse. L’heure de l’affranchissement des entraves de la bienséance n’est ainsi pas encore arrivée, même si le but de l’odyssée est atteint plus par accident, que par la mise en œuvre d’un stratagème à la malfaisance sans scrupules.
Ce type de conte faussement immoral peut faire oublier son fond idéologique douteux, quand il est orchestré, comme dans le cas cité plus haut, par des réalisateurs qui disposent d’un certain savoir-faire filmique. Comment tuer son boss ? ne jouit hélas pas d’une forme cinématographique assez sophistiquée pour escamoter la redondance de plus en plus pénible de l’intrigue, au fur et à mesure que les trois personnages s’emmêlent les pinceaux dans leur quête du meurtre parfait. La prémisse prometteuse et la présentation des vices des patrons laissent en effet rapidement leur place aux frasques gentillettes des protagonistes. Alors qu’on aurait aimé voir plus des cabotinages joyeux de Colin Farrell, le récit prend un tournant vers le péniblement grandiloquent, qui résout partiellement le problème des abus des patrons, sans pour autant respecter le lien ténu avec un réalisme professionnel tout relatif.
Car pour ces pauvres employés qui se sont déjà fait malmener par un patron ingrat, la croisade de Nick, Dale et Kurt peut servir d’exécutoire psychologique, tant que la méchanceté des supérieurs reste crédible. Puisque ces derniers basculent directement de la caricature grossière vers la folie meurtrière, il n’y a pas vraiment de moment charnier dans ce film, où l’écart de conduite des protagonistes serait réellement justifié. Exubérante d’une façon superficielle et nullement animée par une volonté sincère de changer les choses, cette comédie ne fait alors guère rire. Elle contribue plutôt modestement à accroître notre frustration envers un cinéma américain, qui sait dénicher ou au moins réchauffer de bonnes idées, mais qui manque cruellement de courage pour en faire autre chose que des placebos inoffensifs.
Vu le 1er août 2011, à la Salle Warner, en VO