Pitfall
Réalisé par André De Toth (1947)
| Durée | 86 minutes |
| Sortie | 30/11/1947 |
| Note | 6/10 |
La monotonie de son quotidien, avec ses horaires de bureau réglés à la minute près et sa vie de famille heureuse mais dépourvue d’excitation, déprime l’agent d’assurances John Forbes. L’occasion de s’affranchir des chaînes d’une vie trop bien rangée se présente, quand le détective privé MacDonald apprend à Forbes qu’un voleur incarcéré suite au détournement d’une somme d’argent importante en avait fait partiellement cadeau à sa fiancée Mona Stevens. Pour calmer les ardeurs de MacDonald, une brute tombée éperdument amoureuse de cette belle femme délaissée, Forbes préfère aller la voir personnellement, afin d’établir la liste des objets à récupérer. Mais lui aussi tombe sous son charme, sans savoir comment expliquer cette affaire à sa femme, et cela d’autant moins que MacDonald s’avère être un rival plus que coriace.
La critique
Par Tootpadu 21/07/2011
L’intrigue en elle-même paraît en effet si banale que la mise en scène de André De Toth ne s’en préoccupe pas outre mesure. Un chef de famille exemplaire, voire hautement idéalisé par son fils, cherche un peu de piquant dans les bras d’une femme séduisante mais a priori nullement fatale, soit. Cette liaison dépeinte en des termes presque chastes ne connaît pas de lendemains qui chantent, surtout grâce à l’abnégation de l’amante qui refuse de détruire le couple en apparence si parfait de l’homme de ses rêves. Face à tant de bons sentiments et de compréhension altruiste, le film aurait très bien pu s’arrêter sans crier gare au bout d’une petite heure. Heureusement, le méchant Raymond Burr, dans un contre-emploi savoureux par rapport à son rôle célèbre de l’avocat Perry Mason, est là pour remuer les choses et surtout pour confronter le couple vedette, abusivement prévenant et solidaire dans l’épreuve, à son côté sombre.
Situé historiquement dans la parenthèse entre la propagande anti-nazie des années de guerre et la chasse aux communistes qui n’allait pas tarder à montrer sa vilaine face, ce film procède d’une façon assez subtile et systématique à la déconstruction du noyau familial, un des piliers désormais fissurés de la culture américaine. Le penchant de la classe moyenne pour le faire-semblant et l’autosuffisance y est montré du doigt avec un goût prononcé pour la dérision, puisqu’il n’aura fallu en fin de compte que d’un petit grain de sable pour dérégler la machine proprette de la civilisation, point préparée à l’assaut mesuré d’une force brute qui préfère agir sournoisement.
Vu le 21 juillet 2011, à la Cinémathèque Française, Salle Henri Langlois, en VO