Délices de Tokyo (Les)
Réalisé par Naomi Kawase (2016)
| Durée | 113 minutes |
| Sortie | 27/01/2016 |
| Note | 8/10 |
La critique
Par Mulder 18/01/2016
« Dans une vie, beaucoup de choses vous font hésiter ou trébucher sur le chemin. Je crois, dans ces moments-là, qu’on cherche quelque chose au fond de soi qui peut nous redonner de la confiance et de la force. » Naomi Kawase
La réalisatrice et scénariste Naomi Kawase conçoit le cinéma comme un vecteur de réflexion sur notre société actuelle. Chacun de ces films témoigne des blessures de notre société , des illusions répétitives qui nous poussent à faire de mauvais choix. Les délices de Tokyo est une nouvelle fois à l’image de cette réalisatrice recherchant continuellement son indépendance à s’exprimer librement. La force de ce cinéma indépendant est d’éviter les redites d’un cinéma traditionnel de masse s’appliquant le plus souvent à concevoir cet art comme une simple mécanique répétitive. En adaptant le livre An de Durian Sukegawa, Naomi Kawase trouve matière à présenter le Japon d’une manière différente et surtout à donner vie à des personnages attachants et marqués par leur passé. La réalisatrice a parfaitement compris le sens de ce roman et son film à plusieurs niveaux de lecture repose sur des valeurs fortes telles la transmission du savoir, la famille mais aussi sur la communion avec la nature qui nous entoure. Raconter une histoire autour de la conception d’un savoureux dessert japonais (les dorayakis) et des lépreux du Japon semblait pourtant impossible à concevoir.
Dans ce cinéma intimiste, on apprécie de trouver des personnages suffisamment approfondis et surtout matière à réflexion. En suivant cette relation entre une vieille femme de 70 ans Tokue et un vendeur de dorayakis, le film nous marque par cette immersion culinaire et surtout la découverte d’un pays sous un autre angle. On suit donc la relation entre ces deux personnages mais aussi avec une jeune étudiante cliente régulière de cette échoppe tenue par Sentaro. Les délices de Tokyo nous réconcilie également avec un cinéma japonais plus souvent représenter par ses nombreux mangas violents et à l’animation rudimentaire. Ce cinéma d’auteur est aussi un moyen d’amener les spectateurs à la réflexion notamment au sujet de certaines injustices relatives aux personnes malades. Le personnage de Tokue ancienne lépreuse représente à la fois l’héritage d’un pays blessé par son passé mais aussi le symbole d’une culture qui se doit d’être respectée et transmise. Les délices de Tokyo est porteur dans ce sens d’un message important communautaire et d’entraide . Un film non seulement parfaitement maîtrisé mais surtout d’une intelligence rare. En regardant le soin porté à concevoir ces dorayakis et présenté de la plus belle manière on fait inconsciemment un rapprochement avec l’idée d’un cinéma enrichissant et amenant les spectateurs à voir le monde autrement. Dans ce sens le personnage de Tokue est important mais surtout symbolise pour la réalisatrice la communion parfaite entre l’homme (au sens large) et la nature.
Le grand soin apporté à l’élaboration de ce film aussi bien autour d’un casting maîtrisé (Kirin Kiki, Masatoshi Nagase et Kyara Uchida sont parfaits) qu’à l’image (Shigeki Akiyama donne à ce film des airs de tableau) permet à ce long métrage de trouver son propre rythme et un véritable esthétisme. Si vous appréciez le cinéma d’auteur et cherchez une autre approche du cinéma, ce film s’impose comme une belle réussite.
Vu le 14 kanvier 2016 au Club de l’Etoile , en VO