Mur des ténèbres (Le)

Réalisé par Curtis Bernhardt (1949)

Drame psychologique
Mur des ténèbres (Le)
Durée 100 minutes
Sortie 29/04/1949
Note 5/10

A peine revenu à la maison après la guerre et une mission en Birmanie, le pilote Steven Kenet est accusé du meurtre de sa femme Helen. A cause d’une amnésie et de troubles mentaux récurrents, il est admis pour observation à l’hôpital psychiatrique, le temps que le docteur Ann Lorrison pourra savoir pourquoi il a commis ce crime atroce. D’abord réticent au traitement et convaincu qu’il a tué son épouse dans un accès de démence, Kenet doute peu à peu de cette version officielle et de sa condamnation certaine. Avec l’aide de son médecin, il mène l’enquête depuis l’asile et retrouve la mémoire de l’après-midi fatidique qui avait tout déclenché.

La critique

Par Tootpadu 07/07/2011

Le cinéma hollywoodien de la deuxième moitié des années 1940 était particulièrement féru de psychologie et d’une transposition souvent simpliste des théories du célèbre docteur Freud à l’écran. Peut-être cet engouement pour une explication subconsciente des actions les plus abjectes était-il une façon détournée de tirer un trait sous les horreurs de la Seconde Guerre mondiale, impossibles à comprendre rationnellement. Toujours est-il que de La Maison du Dr Edwards de Alfred Hitchcock à La Fosse aux serpents de Anatole Litvak, les analyses psychologiques parfois outrancières avaient la cote dans le cinéma américain de cette époque-là. Ce policier solide ne fait point exception à la règle, puisqu’il s’étend longuement sur les troubles psychiques du protagoniste, y compris sur la thérapie qu’il suit à l’hôpital, avant d’opter pour une chasse à l’homme pas moins conventionnelle.
Robert Taylor, le gendre idéal et héros romantique d’avant-guerre, opère un tournant passager vers des rôles plus sombres, au moins pendant la première partie du Mur des ténèbres. Son meurtrier présumé a le droit douteux d’apparaître comme un lâche et un déséquilibré mental, sale et menaçant, avant de rejoindre le droit chemin de la victime d’un complot mineur, qui ne peut prouver son innocence que grâce au concours de son médecin. En termes scénaristiques, la première heure du film instaure ainsi le doute pas sans intérêt quant à l’innocence de Steven Kenet, tandis que la suite est beaucoup plus sage et prévisible dans l’élaboration de son acquittement.
La mise en scène convenable de Curtis Bernhardt ne réussit pas à tirer le film de la médiocrité dans laquelle l’histoire très conventionnelle a tendance à l’enfermer. Le récit suit certes la rédemption jamais sérieusement mise en doute du héros avec une attention au détail pas sans mérite. Mais cette facture soignée reste presque ennuyeusement tributaire des poncifs psychologiques du début et des aspects plus dans la tradition du film noir de la suite du film. Or, l’impératif de blanchir en fin de compte le personnage principal de tout soupçon prive ce drame de la possibilité de creuser réellement le traumatisme psychique du peuple américain.

Vu le 6 juillet 2011, à la Cinémathèque Française, Salle Henri Langlois, en VO

★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

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