Murderer (The)
Réalisé par Na Hong-jin (2011)
| Durée | 140 minutes |
| Sortie | 20/07/2011 |
| Note | 6/10 |
Le chauffeur de taxi Gu-nam est criblé de dettes, à cause du visa qu’il a acquis pour que sa femme puisse s’exiler et travailler en Corée du Sud. Sans nouvelles d’elle depuis six mois, il quitte à son tour la préfecture autonome coréenne de Yanbian, grâce au contrat que Myun, le caïd local, lui confie. Après avoir immigré clandestinement, Gu-nam dispose d’une dizaine de jours pour trouver la cible, l’assassiner, et rapporter en guise de preuve le pousse de la victime à son commanditaire. Alors qu’il retrouve petit à petit la trace de sa femme et qu’il repère l’endroit et l’heure les plus propices au meurtre, ce pauvre « joseonjok » se fait doubler à la dernière minute par d’autres tueurs à gages. Désormais échoué en Corée du Sud, Gu-nam a à la fois la police et la pègre de Séoul à ses trousses, qui veut venger la mort d’un de ses parrains.
La critique
Par Tootpadu 06/07/2011
Le réalisateur de The Murderer n’atteint pas encore le degré de virtuosité formelle qui distingue ses confrères, parmi lesquels on ne citera, outre Kim Jee-woon, que Park Chan-wook et – toutes proportions gardées – les débutants Yim Phil-sung et Yang Ik-june. Un saut qualitatif appréciable est néanmoins à noter entre ce film-ci et The Chaser, à la facture trop brouillonne pour vraiment nous convaincre. Ici, la mise en scène pèche certes par un découpage excessif, qui s’avère quelque peu préjudiciable, lors des scènes haletantes de course poursuite, le plus souvent à pied, devenant du coup presque incompréhensibles. Mais dans l’ensemble, la narration ne perd jamais de vue les très nombreux fils de l’intrigue, qui s’agencent en un récit poignant, par l’intermédiaire d’un ballet pas disgracieux d’ellipses et de personnages secondaires, qui se passent plutôt involontairement le relais.
La surenchère de la violence y est plus que jamais à l’ordre du jour. Au cœur de cette orgie d’hommes découpés sauvagement à la hache et au couteau, Na Hong-jin sait préserver toutefois un fil rouge tissé de trahisons et d’alliances déçues, qui justifie tant soit peu le carnage. Comme dans le film cité au début de cette critique, son protagoniste, un immigré dénigré et à première vue bon à rien qui fait pourtant preuve d’une dextérité étonnante avant de disparaître d’une façon fort misérable, ne fonctionne qu’en tant que binôme avec sa part d’ombre, sous forme d’adversaire encore plus irascible que lui. Dans ce sens, ce film intense poursuit avec panache le thème du chat et de la souris, un grand classique du genre du thriller, que le cinéma coréen a su se réapproprier avec une rigueur musclée, dont ses pendants occidentaux ne peuvent que rêver à l’heure actuelle.
Vu le 5 juillet 2011, au Club 13, en VO