Quatre minutes

Quatre minutes
Titre original:Quatre minutes
Réalisateur:Chris Kraus
Sortie:Cinéma
Durée:115 minutes
Date:16 janvier 2008
Note:
Depuis très longtemps, Traude Krüger, une vieille dame qui ne vit que pour la musique, enseigne le piano aux détenues d'une prison de province. Alors que le directeur de l'institution menace de suspendre ses cours faute d'élèves, Traude Krüger découvre un talent musical en Jenny von Loeben, une jeune femme agressive, incarcérée pour meurtre. A la fois subjuguée par ses capacités de pianiste et repoussée par son attitude violente, la vieille prof tente de préparer son élève au concours national des jeunes musiciens.

Critique de Tootpadu

Tous les maux de la culture allemande se sont donné rendez-vous dans ce drame intense, qui a remporté le prix du Meilleur Film aux derniers "Césars" d'outre-Rhin. Cette surcharge émotionnelle est à la fois une bénédiction et une lacune négligeable dans cet affrontement entre une jeune tigresse et une vieille puriste. Elle lui réussit, parce qu'elle ne donne nullement lieu à des moments attendrissants, au contraire. Les chocs entre la rage de vivre de Jenny et l'abnégation de Traude sont si violents que le moindre bon sentiment se fait écrabouiller par eux sans ménagements.
Et en même temps, ce réalisme de la misère, qui nous prive de tout embellissement artificiel, aurait probablement aussi bien fonctionné sans la panoplie de tares sociales qu'il traîne avec lui. La plus encombrante est évidemment la référence au régime nazi, sans laquelle aucun film allemand qui veut être pris au sérieux ne semble pouvoir exister (à l'exception notable de La Vie des autres). De surcroît, ce sont les retours en arrière épisodiques qui freinent le plus le rythme organique du récit. Car la narration se permet à peine une structure gratuitement morcelée au début, avant de suivre avec passion la rencontre improbable entre deux générations.
L'enracinement des deux femmes dans leurs univers se manifeste en effet tout au long du film, sans qu'elles aient besoin de trahir leurs origines pour apprendre à se respecter. La vieille dame n'a certes plus évolué depuis sa période formatrice pendant la guerre, qui lui fait haïr le jazz et où les petites filles faisaient encore la révérence. Mais son amour inconditionnel pour la musique lui a préservé une petite porte d'accès au monde extérieur. Cette même musique qui contient tellement de mauvais souvenirs pour Jenny, qu'elle rechigne pratiquement à chaque note, avant de s'en servir en tant que bouée de sauvetage dans un monde carcéral sans pitié et sans humanité.
Ce sont les deux interprétations magistrales de Monica Bleibtreu et Hannah Herzsprung qui donnent toute leur vitalité redoutable à ces rôles. La rage autodestructrice de l'une et l'austérité acariâtre de l'autre créent des étincelles comme on en voit rarement entre deux actrices au cinéma. Et leur relation est si complexe et peu commode qu'elle dépasse même en intensité celle entre deux autres femmes entièrement dépareillées, sur nos écrans un an plus tôt, dans Chronique d'un scandale !

Vu le 7 août 2007, au Club Marbeuf, en VO

Note de Tootpadu: