Juge (Le)

Réalisé par Philippe Lefebvre (1984)

Policier
Juge (Le)
Durée 94 minutes
Sortie 11/04/1984
Note 5/10

Quelques jours avant des vacances de Noël bien méritées, le juge d’instruction marseillais François Muller se rend à Palerme, afin d’y interroger le Docteur, le chimiste d’un important réseau de trafiquants de drogue. De retour en France, Muller met tout en œuvre pour arrêter le chef présumé de l’organisation, le caïd Antoine Rocca. Contre toute attente, le commissaire de la brigade des stupéfiants Innocenti réussit à tendre un piège à ce dernier et le livre à Muller, dont les méthodes d’interrogatoire persuasives n’arrachent pourtant aucune information compromettante à Rocca. Il faudra alors mener l’enquête auprès de ses nombreux complices, quitte à enfreindre quelques règles de bonne conduite des forces de l’ordre.

La critique

Par Tootpadu 21/05/2011

Le mouvement est la force motrice de ce polar français, typique des années 1980 où le combat clinique et valeureux contre la mafia du commissaire Cattani dans la série italienne « La Mafia » allait prendre le pas sur l’approche viscérale du flic américain Popeye Doyle une décennie plus tôt dans French Connection de William Friedkin. Dès le générique, pendant lequel on voit le convoi, qui emmène le juge français à la prison pour interroger un détenu, s’engouffrer à toute vitesse dans les rues de Palerme, le ton est donné pour le genre de film qui s’agite beaucoup, sans forcément accomplir grand-chose. Car Le Juge est avant tout un retour nostalgique à une époque du cinéma français, où les éminences grises d’aujourd’hui (Jacques Perrin, Richard Bohringer, Daniel Duval, et Michael Lonsdale) étaient passablement jeunes et vigoureuses, et où un film ordinaire sur les rouages d’un appareil judiciaire en fin de compte impuissant n’était pas encore condamné au petit écran.
Le réalisateur Philippe Lefebvre s’est par la suite surtout illustré à la télévision, bien que la facture d’un de ses rares films de cinéma ne soit pas complètement sans mérite. Il fait progresser l’intrigue à un rythme soutenu, même si les étapes successives de l’enquête s’alignent docilement sur le schéma de n’importe quel branle-bas entre le crime organisé et un justicier isolé qui ne veut pas se laisser faire. Le juge Muller a ainsi beau être un de ces héros solitaires que le système finira bien par écraser – comme le révèle d’ailleurs peu subtilement l’affiche du film –, son parcours n’a rien d’exceptionnel dans le cadre de l’acharnement de la justice contre un parrain intouchable. Sans éclat, mais sans défaut particulier non plus, le film illustre ce combat perdu d’avance par des subterfuges juridiques et des contrats remplis froidement, qui renvoient plus globalement à un déséquilibre crucial entre les criminels qui peuvent tout se permettre et la police et les magistrats qui ont un code d’honneur et de déontologie à respecter.
Notre investissement dans cette histoire somme toute très triviale serait probablement moindre, si ce n’était pour l’interprétation de Jacques Perrin qui – fidèle à lui-même – incarne un idéaliste trop irréprochable pour terminer sa croisade indemne. De rares vestiges persistent encore de son charme gauche et juvénile, quand son personnage se croit assez en sécurité avec ses collègues pour baisser la garde. La plupart du temps cependant, le juge Muller fonce la tête baissée, en cherchant volontairement la confrontation avec une pègre pour laquelle il n’a pas le moindre égard. Son état d’esprit, à mi-chemin entre une conception réactionnaire du monde et une naïveté de laquelle il ne se repent brutalement qu’au moment où ses jeux avec le feu se soldent par des morts, sied parfaitement à l’acteur. Jacques Perrin figure en effet parmi les rares piliers du cinéma français suffisamment ambitieux et lucides pour enrichir leur parcours exemplaire de jeune premier d’un côté plus ambigu. Dans son cas, cette dualité de l’homme passe à travers des personnages, dont l’autorité éclatante est minée par des démons personnels ambivalents, voire inquiétants.

Vu le 20 mai 2011, à la Cinémathèque Française, Salle Henri Langlois

★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

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