Traître sur commande
Réalisé par Martin Ritt (1970)
| Durée | 118 minutes |
| Sortie | 17/06/1970 |
| Note | 7/10 |
En 1876, le policier en civil James McParlan est introduit en tant que taupe dans une petite ville minière en Pennsylvanie. Sa mission : prendre en flagrant délit le groupuscule des Molly Maguires, la branche criminelle d'une société secrète irlandaise, qui commet des actes de sabotage contre les intérêts des propriétaires des mines, sourds aux révendications des grévistes. McParlan arrive à gagner facilement la confiance du meneur Jack Kehoe et de ses trois complices. Mais à force d'être associé à leurs opérations et de comprendre les raisons pour leur combat armé, il doute de la validité et de l'utilité de sa mission.
La critique
Par Tootpadu 09/10/2009
Derrière l'envergure épique des décors et du monde des immigrés, qui rappelle partiellement celui que Michael Cimino recréera une décennie plus tard dans une continuité indirecte, mais avec bien plus de pompe, dans La Porte du paradis, ce film-ci cache la quête presque intimiste de son protagoniste, tiraillé entre l'ambition de réussir coûte que coûte dans un monde impitoyable, et des considérations morales et sentimentales, qui résistent à l'appel de l'ascension de l'échelle sociale. Le double jeu de James McParlan/McKenna le laisse dans une situation intenable, qui ne lui procure guère de satisfaction. En fin de compte, il aura réussi son pari, mais au prix d'une corruption de l'âme, qui lui sera bien plus préjudiciable que toutes les humiliations réunies, que les gens d'en bas doivent subir jour après jour, jusqu'à ce qu'ils quittent ce monde sans faire de bruit.
Le constat social de Traître sur commande ne se fait en effet guère d'illusions sur la capacité des saboteurs de renverser les injustices séculaires contre lesquelles ils se révoltent. Il n'y a aucune noblesse véritable dans leur action, aucune aspiration à une grandeur, qui justifierait la spirale ininterrompue de la violence qu'ils alimentent sans cesse. De même, l'espion parmi eux se trahit avant tout lui-même et rejoint en ce sens le désespoir d'un affrontement impossible à gagner.
Comme souvent au fil de sa filmographie, Martin Ritt fait preuve d'une sympathie profonde pour ces perdants nés, qui ne doit en aucun cas être prise pour de l'apitoiement. Faute de leur assurer une issue glorieuse, et en dépit de l'adversité généralisée qui les broie sans ménagement, le réalisateur tient à leur préserver un minimum de dignité humaine. Cette générosité artistique est reflétée également dans une narration à la fois sobre et dense, qui perpétue l'élégance majestueuse du début. Enfin, les interprétations de Richard Harris et de Sean Connery savent capter en toute simplicité la lucidité désabusée de leurs personnages, qui les pousse à continuer malgré tout.
Vu le 8 octobre 2009, au Quartier Latin, Salle 1, en VO