Violences à Park Row

Réalisé par Sam Fuller (1951)

Drame
Violences à Park Row
Durée 83 minutes
Sortie 30/11/1951
Note 7/10

Dans le New York des années 1880, toute l’activité de la presse écrite se concentre autour de la rue Park Row dans l’ombre de la statue du père de la constitution Benjamin Franklin. Ecœuré par le style du journal « The Star » pour lequel il travaille et qui serait responsable de la condamnation à mort d’un homme, le journaliste Phineas Mitchell se révolte et est viré sur le champ par la propriétaire Charity Hackett. Soudainement libre, Mitchell rêve de fonder un quotidien plus juste et équitable, qui ne ferait pas du malheur des autres son fond de commerce. Un imprimeur et compagnon de bar l’entend et lui propose de s’associer avec lui, afin que le rêve devienne réalité. Ainsi naît le « Globe » dont les moyens très modestes risqueraient de ne pas faire le poids face à la concurrence, si ce n’était pour l’énergie et l’idéalisme de son rédacteur en chef.

La critique

Par Tootpadu 12/05/2011

Trois décors, un groupe restreint de personnages, et un antagonisme féroce entre deux conceptions diamétralement opposées du rôle de la presse : c’est tout ce qu’il aura fallu au réalisateur Sam Fuller pour dresser un tableau au vitriol de la liberté d’expression aux Etats-Unis. Il situe certes son intrigue à l’époque révolue de la construction de la Statue de la Liberté et de nos jours, les Américains disposent de dizaines de milliers de blogs et autres portails internet pour se faire une opinion et s’informer à la place des près de deux mille journaux auxquels le générique au début du film rend hommage. Mais le problème est invariablement le même, c’est-à-dire le conflit d’intérêt entre le commerce et le bien de la communauté, entre l’endormissement des masses et l’éveil intellectuel d’une minorité contestataire.
Sam Fuller n’a jamais été quelqu’un qui cherche à enjoliver les choses et – la conclusion un brin trop consensuelle mise à part – son récit n’est à aucun moment dupe du dénouement de ce combat de David contre Goliath. L’idéalisme des uns, seulement purs et exemplaires à première vue, ne fera pas long feu face à l’absence de scrupules des autres, eux-aussi soumis à un code d’honneur que l’on ne trouvera probablement plus dans notre société impitoyable. Rapidement, l’enjeu d’une presse indépendante et exclusivement redevable envers la vérité – cette vieille chimère subjective – passe à l’arrière-plan au profit d’une course aux lecteurs que seul l’homme d’affaires le plus avisé pourra remporter. Dans l’Amérique selon Sam Fuller, qui ressemble hélas au visage déplaisant que cette nation préfère ignorer volontairement, ce n’est pas le contenu qui compte, que les éditeurs manipuleront au demeurant comme bon leur semble, mais la façon de vendre ce produit guère plus sophistiqué ou prestigieux que du poisson.
L’entente cordiale à laquelle les deux opposants têtus arrivent en fin de compte est dans un tel contexte presque logique. Leur soif commune du pouvoir les unit forcément dans une quête, violente si nécessaire, qui aime se prévaloir des valeurs des pères fondateurs, mais qui ne répond au fond qu’à l’accomplissement de leur ambition personnelle. La narration suit cette lutte factice avec un don de l’observation dont la précision nous laisse simplement admiratifs. Les personnages existent en tant qu’êtres humains chez Sam Fuller, bien qu’ils soient soumis tel des pions à un mécanisme social cruel, dont la laideur éclipse aisément la beauté superficielle avec laquelle le cinéma hollywoodien cherchait à rassurer le spectateur à l’époque, voire jusqu’à nos jours.

Vu le 12 mai 2011, à la Cinémathèque Française, Salle Henri Langlois, en VO

★★★★★★★☆☆☆ 7/10

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