Women without men
Réalisé par Shirin Neshat (2011)
Drame
| Durée | 100 minutes |
| Sortie | 13/04/2011 |
| Note | 6/10 |
Le destin de quatre femmes pendant l’été décisif de 1953 en Iran. Alors que Munis n’en peut plus du conformisme de son frère qui l’oblige à rester à la maison, son amie Faezeh est au contraire séduite par les valeurs de cet homme qui est pourtant sur le point d’épouser une autre femme. Lasse de son mari de général fidèle au shah, Fakhri prend du recul et s’installe dans un domaine à la campagne. Elle y accueille d’abord Zarin, une prostituée en proie à des hallucinations, et puis Faezeh.
La critique
Par Tootpadu 17/03/2011
Ce n’est pas un hasard si la connaissance de l’Histoire iranienne commence pour la plupart des occidentaux avec la révolution islamique à la fin des années 1970. Focaliser toute l’attention sur le renversement du régime pro-américain du shah et le fanatisme religieux qui s’ensuivit et qui tient toujours cette nation à la culture ancienne sous son joug, cela fait le jeu d’un obscurantisme qui préfère effacer le souvenir d’un coup d’état lâchement fomenté par les anciennes puissances coloniales, affolées de voir leur pactole pétrolier leur échapper. Les temps n’ont guère changé au cours du demi-siècle passé, même si l’interventionnisme américain se targue plus que jamais de nos jours des bienfaits démocratiques de ces invasions. A l’époque, le but recherché était davantage de préserver coûte que coûte ses intérêts géopolitiques, quitte à écraser en Iran ou vingt ans plus tard au Chili la fleure fragile d’une autogestion légitime du peuple autochtone.
En dehors de ses qualités formelles indiscutables, le premier film de l’artiste Shirin Neshat a donc l’avantage de nous familiariser avec des faits historiques qui englobent en quelques semaines à peine toute la tragédie du peuple iranien. Pourtant, le récit éthéré ne se sert de cette période de turbulences lourdes de conséquences qu’en tant que toile de fond sur laquelle les drames personnels des quatre femmes se déroulent, sans en être impactés réellement. L’éclatement du carcan social qui les oppressait jusque là coïncide plus avec le déclin de la liberté collective qu’il n’y trouve son point de départ. Elles sont certes toutes témoin de l’enchaînement inextricable des événements historiques, mais leur condition de femme dans une société dirigée par des hommes les prédestine plus au rôle de victime qu’une quelconque appartenance à des groupuscules subversifs.
De toute façon, la mise en scène à l’aspect visuel magistral ne vise point une représentation réaliste des faits. Dès les premières images d’une beauté sublime, le côté onirique de l’histoire prend le dessus, pour ne plus lâcher son emprise énigmatique sur le fil narratif. Le ressenti des névroses des quatre personnages féminins passe alors par un vocabulaire plastique mûrement étudié par la réalisatrice, qui sait néanmoins conférer une certaine dimension cinématographique à cette suite de plans enivrants.
Au final, on n’en sait pas forcément plus sur les bifurcations de la destitution criminelle du président Mossadegh, mais Women without men – qui subit à travers son titre un retour de bâton tardif de la part d’une hégémonie anglophone omniprésente – est une si belle invitation à un voyage des sens, que l’on ne tiendra point rigueur du caractère passablement précieux de sa narration.
En dehors de ses qualités formelles indiscutables, le premier film de l’artiste Shirin Neshat a donc l’avantage de nous familiariser avec des faits historiques qui englobent en quelques semaines à peine toute la tragédie du peuple iranien. Pourtant, le récit éthéré ne se sert de cette période de turbulences lourdes de conséquences qu’en tant que toile de fond sur laquelle les drames personnels des quatre femmes se déroulent, sans en être impactés réellement. L’éclatement du carcan social qui les oppressait jusque là coïncide plus avec le déclin de la liberté collective qu’il n’y trouve son point de départ. Elles sont certes toutes témoin de l’enchaînement inextricable des événements historiques, mais leur condition de femme dans une société dirigée par des hommes les prédestine plus au rôle de victime qu’une quelconque appartenance à des groupuscules subversifs.
De toute façon, la mise en scène à l’aspect visuel magistral ne vise point une représentation réaliste des faits. Dès les premières images d’une beauté sublime, le côté onirique de l’histoire prend le dessus, pour ne plus lâcher son emprise énigmatique sur le fil narratif. Le ressenti des névroses des quatre personnages féminins passe alors par un vocabulaire plastique mûrement étudié par la réalisatrice, qui sait néanmoins conférer une certaine dimension cinématographique à cette suite de plans enivrants.
Au final, on n’en sait pas forcément plus sur les bifurcations de la destitution criminelle du président Mossadegh, mais Women without men – qui subit à travers son titre un retour de bâton tardif de la part d’une hégémonie anglophone omniprésente – est une si belle invitation à un voyage des sens, que l’on ne tiendra point rigueur du caractère passablement précieux de sa narration.
Vu le 14 mars 2011, au Club de l'Etoile, en VO
★★★★★★☆☆☆☆
6/10