Voyage du directeur des ressources humaines (Le)

Réalisé par Eran Riklis (2010)

Drame
Voyage du directeur des ressources humaines (Le)
Durée 104 minutes
Sortie 15/12/2010
Note 6/10

Un soir en 2002, le directeur des ressources humaines d’une boulangerie industrielle à Jérusalem est retenu par un coup de fil de la directrice de l’usine : Yulia Petracké, une ancienne employée a été tuée dans un attentat à la bombe et personne n’est venu réclamer le corps. La presse accuse alors la boulangerie de négligence et d’indifférence humaine, puisque son absence n’avait pas été remarquée ou reportée par ses collègues. Sous la pression de son hiérarchie, le directeur des ressources humaines fait amende honorable. Mais la directrice veut aller encore plus loin dans la reconnaissance de ses torts. Elle le charge d’accompagner le cercueil de Yulia dans son pays d’origine, la Roumanie, afin qu’elle puisse reposer en paix auprès des siens.

La critique

Par Tootpadu 09/12/2010

Il faut apparemment toujours un prétexte au réalisateur Eran Riklis pour entamer son exploration de la condition humaine. Après le différent sur les citronniers dans son film précédent, voici le périple d’un cadavre qui est doublement symbolique dans le contexte de l’actualité israélienne. D’un côté, il représente toutes les victimes sans nom des attentats terroristes, qui n’établissent au fond qu’un équilibre macabre dans l’effusion insensée de sang par rapport au calvaire du peuple palestinien. Et de l’autre, il n’est que la pointe de l’iceberg de l’immigration, aussi peu assumée et réussie en Israël que dans nos contrées. En dépit de la pertinence sociale de cet ancrage, il fournit au mieux un point de départ au périple qui tente de ramener réellement le directeur des ressources humaines chez lui, avec en fin de compte un succès mitigé.
Car le défi principal de l’intrigue du Voyage du directeur des ressources humaines, c’est de nous impliquer dans le parcours d’un protagoniste, qui brille par son détachement. Les indices ne trompent en effet pas, puisque sa femme lui reproche qu’il n’est jamais vraiment là. De même, il est incapable de montrer la moindre sympathie à l’égard du directeur de l’équipe de nuit, qui lui confie ses sentiments à l’égard de Yulia et sa profonde tristesse face à sa disparition. Rien de tout cela ne touche réellement le personnage principal, qui entame son long voyage parce que sa supérieure lui fait indirectement comprendre que c’est ça ou la porte, pas à cause d’un sursaut de noblesse qui viendrait le réveiller de sa torpeur existentielle. Cette prise de conscience, que son action n’est pas inutile et que les choses peuvent changer en dépit de leur inertie apparente, elle intervient dans un endroit des plus improbables : sur une route enneigée de Roumanie au bord d’un cimetière anonyme, où Yulia est censée être enterrée par décret municipal.
Bien entendu, ce n’est que le premier pas vers un retour à soi assez rocambolesque et à fin ouverte, qui sait heureusement résister à la tentation de l’épopée folklorique. Au lieu d’inscrire son film dans la lignée des immersions caricaturales dans la culture de l’Europe de l’Est, qui étaient à la mode dans les années après la chute du rideau de fer, la narration d’Eran Riklis met subtilement en avant la dimension humaine de l’odyssée du directeur des ressources humaines. Que cette dernière retient simultanément sa banalité et son universalité, indiquées par exemple par le refus de donner des noms aux personnages, est à mettre sur le compte de la mise en scène d’un réalisateur qui se considère à juste titre comme un cinéaste du monde. Loin de l’amalgame typiquement européen qui nous réserve parfois de l’euro-pudding indigeste, ses histoires se démarquent une fois de plus ici par une sincérité humaine, qui souligne que – peu importe d’où on vient – l’important c’est de se sentir présent là où le destin nous porte.

Vu le 2 décembre 2010, au Club de l'Etoile, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

Retour à la liste des Critiques