Nowhere boy

Réalisé par Sam Taylor-Wood (2010)

Biopic
Nowhere boy
Durée 98 minutes
Sortie 08/12/2010
Note 6/10

En 1955 à Liverpool, le jeune John Lennon mène l’existence typique d’un adolescent plus intéressé par les filles que par sa réussite scolaire. A l’enterrement de son oncle George, qui l’avait élevé avec sa tante Mimi comme leur fils, John revoit pour la première fois depuis dix ans sa mère Julia. A l’insu de Mimi, qui tient à ce que son neveu reçoive une éducation bien comme il faut, il rentre en contact avec Julia, remariée depuis la séparation de son père et mère de deux jeunes filles. Cette femme, dont le tempérament joyeux cache mal ses sautes d’humeur, va lui ouvrir des horizons musicaux, qui le préparent petit à petit à la carrière légendaire qui l’attend.

La critique

Par Tootpadu 01/12/2010

Même les géants ont commencé petit. Avant de devenir le père spirituel de toute une génération et le martyr involontaire de la chimère d’un monde sans violence, John Lennon a vécu une adolescence plutôt tumultueuse. Sa période formatrice n’avait au fond rien de particulier, puisque bon nombre de familles passent à cette époque de l’affirmation du jeune adulte par des différends, qui laissent des cicatrices psychologiques plus ou moins profondes et durables. En s’appuyant exclusivement sur ces quelques années avant l’éveil musical à proprement parler du futur pilier des Beatles, le premier film de la réalisatrice Sam Taylor-Wood nous fournit cependant une porte d’accès privilégiée à la compréhension intime d’une légende, dont l’influence paraît devenir de plus en plus vague, au fur et à mesure que sa période créative recule dans le temps et que ses fans de première main vieillissent. John Lennon aujourd’hui, c’est une bonne dose de nostalgie que sa veuve Yoko Ono n’hésite pas à faire perdurer, faute de pouvoir réactualiser l’œuvre du compositeur et chanteur. Grâce à Nowhere boy, le mythe ne subit pas uniquement un dépoussiérage adroit et passablement opportuniste, vue la date de sortie française qui coïncide comme par hasard avec le trentième anniversaire de son assassinat. C’est aussi l’occasion de découvrir une facette plus banale et accessible de l’homme, avant qu’il ne devienne un objet de culte abstrait.
Les premières histoires de femmes dans la vie de John Lennon ne concernaient en effet nullement les milliers de groupies qui s’arrachaient un peu tout pour pouvoir être près de leur idole. Alors que son éveil sexuel est en bonne voie dans l’Angleterre puritaine des années 1950, John est déchiré entre deux femmes, qui le traitent toutes les deux comme leur fils, mais dont la conception existentielle ne pourrait pas être plus divergente. D’un côté, sa tante Mimi adhère au respect le plus strict des conventions sociales, qu’elle ne cesse d’inculquer à son neveu, rebelle en devenir. De l’autre, sa mère indigne pervertit sans gêne les quelques bonnes manières que sa sœur a su apprendre, pas sans peine, à John, tout en le préparant indirectement à sa vie d’artiste et de bohème, sans laquelle la musique populaire du milieu du siècle passé serait probablement plus pauvre. La narration dispose de suffisamment de doigté pour ne pas faire pencher la balance en faveur d’une de ces deux propositions de vie. De toute façon, le cours de la vie, aussi cruel que d’habitude, se charge d’une issue qui laisse malgré tout John Lennon partir avec un sentiment profond de reconnaissance envers et sa mère, et sa tante, vers de nouvelles aventures.
Cette sensibilité et cette sagesse vitale, présentées sous une forme là encore tout à fait convenable, caractérisent le film dans son ensemble. La réalisatrice se permet quelques parenthèses poétiques, qui ont surtout pour effet bénéfique d’éloigner son film de l’esthétique d’une biographie évoquée platement. Simultanément, les troubles psychologiques du jeune protagoniste, hanté par des souvenirs traumatisants de son enfance, se limitent à de rares séquences oniriques, employées également à bon escient. Dans toute sa mesure formelle, Nowhere boy ne manque pourtant pas à nous impliquer émotionnellement dans la situation délicate du personnage principal, qui doit vite se rendre compte que sa fougue juvénile ne résoudra pas tous les problèmes inhérents à sa vie familiale. Grâce à l’interprétation très digne de Kristin Scott Thomas et à celle d’une vivacité fêlée d’Anne-Marie Duff, le jeune Aaron Johnson dispose de deux repères imparables pour aiguiller solidement son jeu dans le rôle d’un visionnaire potentiel, encore freiné par les imbroglios dus aux premières années difficiles de sa vie.

Vu le 29 novembre 2010, à la Salle Pathé Lamennais, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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