Fin de concession
Réalisé par Pierre Carles (2010)
| Durée | 126 minutes |
| Sortie | 27/10/2010 |
| Note | 5/10 |
En 1987, la première chaîne de télévision française TF1 est privatisée sur l’initiative du premier ministre de l’époque, Jacques Chirac. C’est un groupement d’investisseurs dirigé par Francis Bouygues qui remporte la concession, à renouveler tous les dix ans, sous réserve du respect d’un cahier de charges ambitieux en termes culturels. En dépit d’une grille de programmation qui respecte nullement les engagements initiaux, le statut de la chaîne préférée des Français n’a jamais été mis en question par la suite. Le trublion du paysage audiovisuel français Pierre Carles part à la rencontre des hommes et des femmes qui ont joué un rôle dans ce hold-up médiatique vieux d’un quart de siècle, et qui continuent d’en tirer des bénéfices.
La critique
Par Tootpadu 18/10/2010
Cela fait plus vingt ans que le public français est abreuvé par les programmes de la chaîne privée et il serait naïf de s’attendre à autre chose de sa part que d’un produit mercantile, au mieux présenté d’une manière à peu près séduisante. Pour vouloir lui faire le procès aujourd’hui, alors que son rôle médiatique est entré fermement dans les mœurs de réception audiovisuelle dans notre pays, il faudrait vraiment être rancunier et nostalgique de la télé de papa – au demeurant pas mieux que le flux cathodique de désinformation actuel – ou bien être animé d’un idéal d’ouverture d’esprit et de transparence dans les choix éditoriaux qui n’a hélas plus sa place de nos jours dans la monotonie morose et consensuelle de la télévision française. Car dans le meilleur des cas, la télévision est une source d’instruction et l’animateur d’un engagement collectif, dans le pire des cas, le reflet embarrassant des dérives sociales d’une société auto-suffisante. Vu le parcours du réalisateur et animateur vilipendé par les patrons des chaînes Pierre Carles, celui-ci souscrirait plutôt à la première option édifiante, vers laquelle il tente d’élever la télévision française, en dénonçant ses dysfonctionnements les plus flagrants. Chassé de ses petits postes de chroniqueur espiègle qu’il avait occupés pendant sa jeunesse sur différentes chaînes, Carles milite désormais depuis l’extérieur de la machine médiatique, comme une mauvaise conscience soigneusement écartée d’un pouvoir de nuisance véritable.
Dans ce documentaire bien documenté mais curieusement peu informatif, le réalisateur se sert avec une inventivité assez astucieuse des moyens modestes qui sont mis à sa disposition pour troubler l’ordre établi des médias plus ou moins publics. Toutefois, son goût de la provocation tourne trop vite en rond dans ce pamphlet contre l’hégémonie de TF1 qu’est sans aucun doute Fin de concession. Au lieu de nous fournir une mise en abîme réellement instructive de la privatisation de la chaîne, avec à la clef des documents d’archives et des interventions d’observateurs ludiques de ce bradage d’un bien public, Pierre Carles s’enfonce sans retenue dans la mise en scène pas toujours plaisante de son propre narcissisme. L’entendre fantasmer sur différentes figures phares de la télé, comme Audrey Pulvar, tourner en dérision d’autres, comme David Pujadas, et s’interroger sur le bien-fondé de sa démarche, cela apporte certes une petite touche comique à la litanie des entretiens, qui ont sérieusement tendance à capoter avant même qu’ils n’apportent quelque chose de substantiel à son travail d’enquêteur contestataire. Mais dans l’ensemble, le réalisateur s’apparente trop ici à un Don Quichotte entêté, qui mène un assaut contre cette grande nébuleuse TF1, en guise de moulins contre lesquels il paraît quelque peu vain, illusoire, et peut-être même pas utile de se révolter encore et encore.
Vu le 14 octobre 2010, à la Salle Pathé Lincoln