Lullaby to my father

Réalisé par Amos Gitai (2013)

Documentaire
Lullaby to my father
Durée 86 minutes
Sortie 16/01/2013
Note 4/10

Le réalisateur Amos Gitai retrace la vie de son père, l’architecte Munio Weinraub. Celui-ci avait appris son métier au début des années 1930 à l’école du Bauhaus, à Dessau en Allemagne. Après la fermeture de l’université par les nazis, Munio avait d’abord été accusé de trahison envers le peuple allemand, puis expulsé en Suisse. De là, il était parti en Palestine, devenant plus tard un architecte éminent en Israël.

La critique

Par Tootpadu 27/02/2014

Où en serions-nous sans notre père ? Au propre comme au figuré, cette influence viscérale sur laquelle se calque inconsciemment l’existence du fils est un modèle incontournable. Que ce soit par mimétisme ou par rejet, l’homme doit forcément prendre position face à son géniteur. Il n’y a pas d’entreprise plus noble qu’un hommage rendu au père, à condition bien entendu que ce dernier mérite un tel éloge. Vu de l’extérieur, Munio Weinraub était un artiste remarquable dont le travail a laissé une empreinte profonde dans son pays d’adoption. C’est depuis un point de vue plus intime que l’on aimerait en savoir davantage sur le père du réalisateur Amos Gitai, sans que cet accès au ressenti et au vécu personnels ne devienne trop anecdotique ou narcissique.

Hélas, il nous est même impossible de reprocher pareil écart à Lullaby to my father. Il s’agit d’une œuvre opaque et trop abstraite, qui ne nous apprend en fin de compte rien sur la transmission de la créativité d’une génération à l’autre. Bien que la biographie de Munio y soit évoquée par bribes, le langage filmique qui l’exprime nous indique aucune porte d’accès pour mieux connaître et éventuellement comprendre l’homme au cœur du documentaire. Amos Gitai n’a certes jamais recherché la facilité formelle, mais sa mise en scène donne l’impression désagréable ici que la distance importante qui le sépare de son père, à la fois dans le temps et dans l’espace – voire émotionnellement, on dirait – ne le dérange pas plus que ça. En effet, son film souffre d’une approche alambiquée, trop indécise pour nous intéresser au sort d’un homme rendu inutilement mystérieux par les différents dispositifs formels, que la mise en scène emploie apparemment sans discernement.

Seul le collage de photos, qui intervient à deux reprises, donne l’aperçu global d’une existence en guise de témoignage sur les bouleversements historiques du siècle dernier. Alors que cet effet de style aurait pu constituer une introduction aux deux chapitres principaux du film, la jeunesse tumultueuse et l’âge adulte marqué par l’épanouissement familial et professionnel, il est placé aux extrémités d’un récit particulièrement bancal. Ni les choix visuels dépourvus d’élégance, ni la structure rapiécée de la narration ne permettent ainsi de suivre le raisonnement nébuleux de Amos Gitai. Quant à la participation en voix off de Jeanne Moreau et de Hanna Schygulla, dont le texte allemand est traduit d’une façon plutôt approximative par les sous-titres, elle ne fait qu’épaissir l’énigme d’un film creux et anémique en termes d’axes de réflexion et de contemplation.

 

Vu le 27 février 2014, à la Cinémathèque Française, Salle Georges Franju, en VO

★★★★☆☆☆☆☆☆ 4/10

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