Company men (The)
Réalisé par John Wells (2011)
| Durée | 102 minutes |
| Sortie | 30/03/2011 |
| Note | 7/10 |
Directeur commercial de l’entreprise de transports GTX, Robert Walker est licencié du jour au lendemain, afin de réduire les sureffectifs et rendre les actions plus attractives aux yeux des investisseurs. Les priorités de sa vie d’antan, comme sa Porsche et son handicap au golf, perdent de leur importance au fur et à mesure que Robert désespère de ne pas retrouver un travail, susceptible de soutenir le style de vie de sa famille. Son ex-patron Gene McClary se préoccupe de l’avenir de son ancien poussin. Mais il est également inquiet que d’autres suppressions d’emplois pourraient viser des cadres encore plus âgés, comme son ami de longue date Phil Woodward, qui avait mis des décennies pour franchir les niveaux de la hiérarchie.
Les critiques
Par Mulder 08/09/2010
La réussite de ce premier film du réalisateur John Wells tient à son casting principal : Ben Affleck, Tommy Lee Jones, Kevin Costner, et Chris Cooper. Les trois personnages principaux vont se retrouver face au chômage, un des plus grands maux de notre société. Le scénario très bien écrit permet à ces comédiens de donner le meilleur d’eux-mêmes. Ben Affleck trouve ici l'une de ses meilleures interprétations, après Will Hunting. Grâce au plaisir qu'il prend à jouer, les spectateurs rentreront pleinement dans cette histoire universelle.
Chacune des scènes de ce film nous montre l'impact que peut avoir le chômage sur notre état d'esprit. Ce mal peut pousser au suicide, à ne plus croire en soi, ou à devenir alcoolique pour noyer sa propre douleur. Cette thématique est abordée très respectueusement, sans chercher à émouvoir forcément. La sincérité du réalisateur est telle que nous ne pouvons qu’apprécier à sa juste valeur ce film. Nous sommes loin de ces mélodrames binaires cherchant à tirer les larmes aux spectateurs. Il montre aussi a quel point certains recruteurs, qui ne pensent qu'à leur propre intérêt, prennent les chercheurs d'emploi comme de simples données mathématiques. La recherche d'emploi présentée dans ce film est tellement bien décrite que les spectateurs pourront s’y reconnaître au moment où ils étaient eux-mêmes à la recherche d'un emploi.
La thématique de la reconversion professionnelle est traitée avec un degré d'ironie remportant notre adhésion. Voir un golden boy se retrouver charpentier montre que nous sommes bien tous prédestinés à tel ou tel métier. Chacun ne peut s'illustrer aussi vaillamment dans différentes classifications de l'ordre des métiers.
Ce film s'impose comme une réussite totale et nous montre que tout repose sur un bon scénario, des acteurs passionnés par leur rôle, qui ne jouent pas pour avoir leur cachet, et un réalisateur, véritable maître d'œuvre de l'ensemble.
Vu le 5 septembre 2010, au C.I.D., Deauville, en VO
Par Tootpadu 04/09/2010
Les occasions d’espérer en des jours meilleurs sont en effet extrêmement rares pour Robert Walker et son entourage. Il n’y a pas de remède miracle à un chômage structurel, encore accentué par le manque d’éthique de la part de ceux et celles qui doivent prendre les décisions difficiles dans les bureaux du patronat. Ce n’est heureusement pas un prétexte pour The Company men à nous amadouer avec un déluge de bons sentiments. Face à la crise, le scénario sans fioriture nous indique certes les différentes attitudes à adopter. Mais la mise en scène à la fois pudique et assurée de John Wells ne transforme pas ces voies possibles, entre la résignation, la consternation, et la fuite d’une réalité inévitable, en un catalogue platement exhaustif. Dans toute sa douceur, l’impact émotionnel de la narration se fait sentir à chaque étape d’une déchéance irrémédiable, peu importe le caractère convenu de certaines issues, sur lesquelles le film passe en toute vitesse avec une dignité remarquable. Le message que le film cherche à faire passer, avec une colère au ventre qui le rapproche du cinéma engagé des années 1970, ce serait probablement que le salut pour ses personnages, et indirectement pour la nation américaine toute entière, ne réside pas en un maintien du statu quo, basé sur les chimères d’un matérialisme financé à crédit, mais dans un retour aux sources d’un esprit indépendant et entreprenant.
Entre des mains plus prétentieuses que celles de John Wells, ce conte moral aurait pu dégénérer sérieusement vers un ton larmoyant ou célébrant lourdement l’instinct de survie des Américains caricaturaux. Le scénario très solide et les interprétations d’une sincérité bouleversante de Ben Affleck, Tommy Lee Jones, et Chris Cooper, lui assurent au contraire une intensité et un sens de la précarité omniprésente, mais nullement fatale, qui n’a pas manqué de nous subjuguer.
Vu le 4 septembre 2010, au Casino, Deauville, en VO