Plan B
Réalisé par Marco Berger (2010)
| Durée | 107 minutes |
| Sortie | 28/07/2010 |
| Note | 5/10 |
Bruno n’arrive pas à se remettre de la séparation de sa copine Laura, qui sort désormais avec Pablo. Il est prêt à tout pour revivre avec elle. Mais son plan A de séduction ne fonctionne qu’à moitié, puisque Laura accepte de tromper son copain actuel avec Bruno, sans pour autant vouloir renouveler son engagement sentimental envers lui. Dépité, Bruno passe donc au plan B : devenir à l’insu de Laura l’ami proche, voire intime, de Pablo et miner de la sorte leur couple. Sauf que la complicité qui se crée entre les deux hommes finit par les laisser douter de leur orientation sexuelle.
La critique
Par Tootpadu 22/07/2010
Dans ce désert de films un peu fous, c’est alors une nouvelle variété d’histoires qui fait son apparition : celle de l’effacement des barrières claires et nettes entre les différentes orientations sexuelles, qui permet d’envisager que même les couples les plus improbables se forment. Le premier représentant de ce cinéma, que l’on appellera bisexuel faute d’une meilleure désignation, était l’année dernière Humpday ou l’histoire de deux potes hétéros de longue date, qui tentent de relever le défi de coucher ensemble, sous prétexte de vouloir en faire un film pour un festival. Ce film argentin comporte de nombreux points communs avec celui de Lynn Shelton. A commencer par l’abandon d’un idéal esthétique lorsqu’il s’agit de choisir les acteurs principaux. La démocratisation de la représentation filmique des homosexuels potentiels s’accompagne en effet de la disparition progressive du cliché du pédé maniéré et habillé d’une façon extravagante. Puisque le sexe homo est dorénavant accessible à toutes et à tous, pourquoi ne pas véhiculer cette idée d’une libération assez molle des mœurs à travers des hommes barbus et pantouflards ? L’aspect très ordinaire de Bruno et Pablo dans ce film-ci et de Ben et Andrew dans le film précité entérine ainsi une absence de glamour et de faire semblant, qui signifie hélas que l’interrogation sur les préférences sexuelles est à présent descendue à un niveau social, qui ne fait plus rêver, ni fantasmer.
Par conséquent, la progression très hésitante de la relation entre les deux hommes, qui auraient dû être des ennemis jurés, mais qui se retrouvent après maintes rebondissements tortueux l’un avec l’autre, n’est guère susceptible de soulever notre enthousiasme. D’un, parce que la narration du réalisateur Marco Berger ponctue le récit de plans contemplatifs au fond sonore agaçant. Et de deux, à cause du chemin bien trop long et sinueux pour aboutir à un dénouement qui paraissait d’emblée inévitable. Tandis que le cinéma gay menait le combat valeureux contre les discriminations venues de l’extérieur, le nouveau cinéma bisexuel se morfond dans une litanie de doutes existentiels, propres à chacun de ces gaillards, qui ne savent pas encore trop ce qu’ils désirent. Ce qui nous laisse craindre l’arrivée de tout un courant de films, empressés de vouloir nous faire croire que tout est désormais possible en termes de préférence sexuelle dans notre civilisation faussement éclairée et tolérante. Espérons juste que ces témoins futurs de l’abolition unilatérale des frontières entre homos, hétéros, bis et transsexuels seront plus vigoureux que ce film-ci et son prédécesseur officieux !
Vu le 8 juillet 2010, à la Salle Pathé Lincoln, en VO