Plan B

Réalisé par Marco Berger (2010)

Drame
Plan B
Durée 107 minutes
Sortie 28/07/2010
Note 5/10

Bruno n’arrive pas à se remettre de la séparation de sa copine Laura, qui sort désormais avec Pablo. Il est prêt à tout pour revivre avec elle. Mais son plan A de séduction ne fonctionne qu’à moitié, puisque Laura accepte de tromper son copain actuel avec Bruno, sans pour autant vouloir renouveler son engagement sentimental envers lui. Dépité, Bruno passe donc au plan B : devenir à l’insu de Laura l’ami proche, voire intime, de Pablo et miner de la sorte leur couple. Sauf que la complicité qui se crée entre les deux hommes finit par les laisser douter de leur orientation sexuelle.

La critique

Par Tootpadu 22/07/2010

Le cinéma gay est en crise. La période faste des films qui se préoccupaient du sort de cette minorité semble définitivement derrière nous. Pendant vingt ans, de 1986 jusqu’en 2006, si l’on accepte la délimitation arbitraire entre My Beautiful Laundrette de Stephen Frears et Le Secret de Brokeback Mountain de Ang Lee, ceux et celles qui étaient auparavant au mieux les vedettes de films très indépendants comme ceux de Rainer Werner Fassbinder, John Waters, Derek Jarman, et Gus Van Sant, et au pire mis au pilori par des pamphlets haineux comme Cruising de William Friedkin, ont su appuyer leur combat d’acceptation sociale par une représentation cinématographique de plus en plus valorisante. Depuis que la romance tragique entre cow-boys a tristement montré les limites de cette intégration, en se voyant refuser l’Oscar du Meilleur film au profit d’une histoire moralement moins encombrante sur le racisme, le cinéma gay piétine et a même tendance à disparaître. Il y a certes eu la biographie très honorable de Harvey Milk contée avec une certaine frilosité par Gus Van Sant, mais du côté des films qui étaient autrefois censés rendre l’amour entre deux hommes ou entre deux femmes moins choquant aux yeux de Monsieur et Madame Tout-le-monde, tous les cas de figure et toutes les histoires imaginables paraissent désormais épuisés.
Dans ce désert de films un peu fous, c’est alors une nouvelle variété d’histoires qui fait son apparition : celle de l’effacement des barrières claires et nettes entre les différentes orientations sexuelles, qui permet d’envisager que même les couples les plus improbables se forment. Le premier représentant de ce cinéma, que l’on appellera bisexuel faute d’une meilleure désignation, était l’année dernière Humpday ou l’histoire de deux potes hétéros de longue date, qui tentent de relever le défi de coucher ensemble, sous prétexte de vouloir en faire un film pour un festival. Ce film argentin comporte de nombreux points communs avec celui de Lynn Shelton. A commencer par l’abandon d’un idéal esthétique lorsqu’il s’agit de choisir les acteurs principaux. La démocratisation de la représentation filmique des homosexuels potentiels s’accompagne en effet de la disparition progressive du cliché du pédé maniéré et habillé d’une façon extravagante. Puisque le sexe homo est dorénavant accessible à toutes et à tous, pourquoi ne pas véhiculer cette idée d’une libération assez molle des mœurs à travers des hommes barbus et pantouflards ? L’aspect très ordinaire de Bruno et Pablo dans ce film-ci et de Ben et Andrew dans le film précité entérine ainsi une absence de glamour et de faire semblant, qui signifie hélas que l’interrogation sur les préférences sexuelles est à présent descendue à un niveau social, qui ne fait plus rêver, ni fantasmer.
Par conséquent, la progression très hésitante de la relation entre les deux hommes, qui auraient dû être des ennemis jurés, mais qui se retrouvent après maintes rebondissements tortueux l’un avec l’autre, n’est guère susceptible de soulever notre enthousiasme. D’un, parce que la narration du réalisateur Marco Berger ponctue le récit de plans contemplatifs au fond sonore agaçant. Et de deux, à cause du chemin bien trop long et sinueux pour aboutir à un dénouement qui paraissait d’emblée inévitable. Tandis que le cinéma gay menait le combat valeureux contre les discriminations venues de l’extérieur, le nouveau cinéma bisexuel se morfond dans une litanie de doutes existentiels, propres à chacun de ces gaillards, qui ne savent pas encore trop ce qu’ils désirent. Ce qui nous laisse craindre l’arrivée de tout un courant de films, empressés de vouloir nous faire croire que tout est désormais possible en termes de préférence sexuelle dans notre civilisation faussement éclairée et tolérante. Espérons juste que ces témoins futurs de l’abolition unilatérale des frontières entre homos, hétéros, bis et transsexuels seront plus vigoureux que ce film-ci et son prédécesseur officieux !

Vu le 8 juillet 2010, à la Salle Pathé Lincoln, en VO

★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

Retour à la liste des Critiques