Rudo et Cursi
Réalisé par Carlos Cuaron (2010)
| Durée | 101 minutes |
| Sortie | 01/09/2010 |
| Note | 5/10 |
Les deux frères Rudo et Cursi rêvent tous les deux de sortir un jour de leur condition modeste de travailleur sur une plantation de bananes au Mexique. Tandis que le premier attend toujours de remporter une fortune au jeu afin de bâtir une maison luxueuse pour sa mère, le deuxième se voit déjà en chanteur célèbre qui fera chavirer les cœurs de toutes les femmes. C’est pourtant leur passion pour le foot qui leur permettra de faire leurs preuves à la capitale. Le sélectionneur Batuta fait escale dans leur village et se montre impressionné par leur prestation sur le terrain. Même s’il ne peut s’occuper initialement que d’un poulain, en l’occurrence Cursi, le gardien de but Rudo ne tardera pas à tenter sa chance dans le monde impitoyable et semé de tentations des sportifs professionnels.
La critique
Par Tootpadu 08/06/2010
Rudo et Cursi ne manquent en effet pas le moindre cliché sur leur trajectoire en forme de courbe, qui les mène de l’anonymat au sommet de l’idolâtrie, pour les jeter ensuite sans état d’âme, dès que leurs exploits ne satisfont plus les exigences élevées dans ce milieu hautement compétitif. Des histoires comme celle-là, nous en avons déjà vu des centaines, et le respect ennuyeusement rigide des conventions du genre ne contribue nullement à une implication accrue dans ce conte moral, qui n’a au fond rien de transcendant à dire. Car les frasques de l’un, accro au jeu et à la drogue, et de l’autre, séduit par les belles femmes et les gros bolides, manquent d’originalité au point de ne plus nous faire croire à autre chose qu’à une conclusion lourdement moralisatrice, au cours de laquelle les deux frères recevront la juste rétribution pour leur décadence déchaînée. Rudo et Cursi peut ainsi être perçu comme une confirmation du statu quo sur un ton plus nihiliste qu’ironique, puisque les rêves de grandeur et de succès de la part d’une classe sociale clairement défavorisée sont anéantis sommairement, sans que cette échappée épisodique n’ait réellement fait trembler la structure de la pyramide sociale mexicaine.
La mise en scène du débutant Carlos Cuaron, pourtant chevronné dans le domaine de l’écriture, ne fait pas grand-chose pour sortir le récit des sentiers battus. L’adoption du point de vue du sélectionneur bon vivant en tant que narrateur philosophe ne facilite guère l’identification avec les deux protagonistes naïfs, auxquels Diego Luna et Gael Garcia Bernal prêtent leurs traits sans trop d’entrain. En plus, la sobriété toute relative de la narration vole en éclats à la fin, lors du match décisif, dont les implications inutilement complexes débouchent sur toutes sortes d’excès formels peu séduisants.
Vu le 2 juin 2010, au Club Marbeuf, en VO