Marty Supreme

Marty Supreme
Titre original:Marty Supreme
Réalisateur:Josh Safdie
Sortie:Cinéma
Durée:150 minutes
Date:18 février 2026
Note:
Marty Mauser, un jeune homme à l’ambition démesurée, est prêt à tout pour réaliser son rêve et prouver au monde entier que rien ne lui est impossible.

Critique de Mulder

Marty Supreme s’impose dès ses premières minutes comme un film électrique, qui ne se contente pas d'avancer, mais rebondit, oscillant entre bravade, panique et illusion, avec le rythme effréné d'une balle qui rebondit sur une table de ping-pong. Réalisé avec une audace confiante par Josh Safdie, ce projet solo s'inscrit à la fois dans la continuité naturelle du chaos fiévreux qu'il a cultivé avec son frère et dans quelque chose de plus personnel, plus espiègle, axé sur les personnages. Sur fond d'une reconstitution riche du New York des années 1950 et au-delà, le film retrace l'ascension ou plutôt la course effrénée et autodestructrice de Marty Mauser, incarné par Timothée Chalamet dans ce qui pourrait être sa performance la plus complète, la plus audacieuse et la plus abrasive à ce jour. Timothée Chalamet ne demande pas d'affection ; il utilise son charme, son ego et son énergie nerveuse comme des armes jusqu'à ce que Marty devienne hypnotique, exaspérant et impossible à ignorer, un arnaqueur compulsif convaincu que le destin lui doit le respect, les applaudissements et le monde.

Ce qui rend Marty Supreme captivant, ce n'est pas seulement la progression narrative, mais aussi la façon dont Josh Safdie brouille délibérément l'admiration et la répulsion, créant un protagoniste qui séduit tous ceux qui gravitent autour de lui avant de les détruire sans scrupule. La quête déterminée de Marty pour la gloire au tennis de table le mène d'un entrepôt exigu de magasin de chaussures aux arènes internationales, entraînant avec lui les décombres émotionnels de ceux qui croient encore en lui. Odessa A'zion est phénoménale dans le rôle de Rachel, la force gravitationnelle instable de sa vie personnelle, une personne dont l'instinct de manipulation reflète le sien, mais dont la vulnérabilité émotionnelle la rend beaucoup plus humaine. Quant à Gwyneth Paltrow, dans le rôle de Kay Stone, une star de cinéma sur le déclin mais toujours envoûtante, elle offre une performance d'une élégance fragile, transformant chaque scène avec Marty en un mélange chargé de séduction, de manipulation et de mélancolie. Et toujours tapi dans l'ombre de l'ambition de Marty, Kevin O'Leary, dont la présence d'industriel prédateur sans effort transforme chaque interaction en un rappel que, même si Marty croit contrôler le jeu, il n'est qu'un pion clinquant dansant pour des hommes qui comprennent vraiment le pouvoir.

Josh Safdie entoure ce noyau instable d'un écosystème de visages et d'énergies inoubliables, et ici, Tyler Okonma prouve qu'il possède une présence naturellement magnétique à l'écran, ancrant les moments de chaos avec humour et un désespoir tranquille. Derrière la frénésie se cache un travail impeccable : Darius Khondji filme New York comme un organisme vivant trempé de sueur, de fumée de cigarette et de désespoir, chaque gros plan vibrant de vie, tandis que l'assaut musical synthétique de Daniel Lopatin, effrontément anachronique et glorieusement déterminé, plonge le spectateur dans la psyché fracturée de Marty. Il y a une joie perverse à voir Josh Safdie refuser la nostalgie, fusionnant plutôt les époques, les tons et les esthétiques en quelque chose qui semble à la fois ancré dans l'histoire et culturellement explosif, comme une fable américaine réécrite avec l'audace punk et l'humour noir juif.

Ce qui élève le film au-delà du spectacle, c'est sa compréhension de l'ego comme carburant et comme maladie. Marty croit au mythe américain avec une ferveur religieuse : l'individualité comme destin, l'arrogance comme nécessité, le chaos comme preuve de grandeur. Le scénario de Josh Safdie et Ronald Bronstein ne le juge jamais, mais expose plutôt les rouages de cette illusion : comment le charisme aveugle, comment l'ambition corrompt, comment les spectateurs aiment regarder un homme courir vers la grandeur même lorsqu'il est évident qu'il court vers sa propre humiliation. Plusieurs séquences illustrent cela à merveille, de la rencontre désastreuse et hilarante avec le chien d'un gangster à la spirale d'escroqueries, de trahisons et d'absurdités quasi tragiques qui s'ensuivent, chaque moment étant à la fois exaltant et profondément triste, car chaque projet insensé éloigne Marty de la possibilité de devenir quelqu'un de respectable.

Et pourtant, au milieu du bruit, du chaos moral et de la folie imprégnée de sueur, Marty Supreme atteint quelque chose qui s'apparente à la vérité émotionnelle. Le film de Josh Safdie comprend l'ivresse séduisante de la confiance en soi, mais aussi le vide qui attend lorsque le spectacle prend fin, lorsque les applaudissements s'estompent et que l'illusion d'être choisi s'effondre. Dans sa dernière partie, le film trouve une faille étonnamment tendre dans l'armure de Marty, sans l'absoudre, mais en nous permettant d'entrevoir le jeune homme terrifié et solitaire qui se cache derrière le mythe fanfaron qu'il a construit autour de lui. Marty Supreme est un film sauvage, implacable, angoissant, qui parvient à être hilarant, exaspérant, poétique et profondément vivant. Pour son superbe savoir-faire, ses performances intrépides et son thème brûlant ce film s’impose comme l’un de notre gros coups de cœur de cette fin d’année.

Marty Supreme
Réalisé par Josh Safdie
Écrit par Ronald Bronstein, Josh Safdie
Produit par Josh Safdie, Ronald Bronstein, Eli Bush, Anthony Katagas, Timothée Chalamet
Avec Timothée Chalamet, Gwyneth Paltrow, Odessa A'zion, Kevin O'Leary, Tyler Okonma, Abel Ferrara, Fran Drescher
Directeur de la photographie : Darius Khondji
Montage : Ronald Bronstein, Josh Safdie
Musique : Daniel Lopatin
Société de production : Central Pictures
Distribution : A24 (États-Unis), Metropolitan FilmExport (France)
Dates de sortie : 6 octobre 2025 (NYFF), 25 décembre 2025 (États-Unis), 18 février 2026 (France)
Durée : 150 minutes

Vu le 19 décembre 2025 à la Salle Metropolitan

Note de Mulder: