Fatal
Réalisé par Michaël Youn (2010)
| Durée | 101 minutes |
| Sortie | 16/06/2010 |
| Note | 7/10 |
Fatal Bazooka est la star incontournable de la musique française. Issu de la cité, ce rappeur et mauvais garçon a vendu des millions de disques, gagné d'innombrables prix et rendu son nom d'artiste assez reconnaissable pour créer son propre parfum et ouvrir prochainement un parc d'attractions. Son succès paraît sans partage, jusqu'au jour où Chris Prolls, la nouvelle coqueluche des médias et gourou auto-proclamé de l'electro-bio, lui fait de l'ombre. La guerre est alors ouverte entre ces deux chanteurs et accros de la notoriété que tout oppose.
La critique
Par Tootpadu 17/05/2010
Où cette course déchaînée au "bling-bling", dont l'actuel président français est peut-être le représentant le plus emblématique et en même temps le plus pitoyable, nous ménera-t-elle en tant que civilisation ? Mystère ... Toujours est-il qu'il ne nous serait jamais venu à l'esprit de chercher du côté de Michaël Youn, pour trouver ne serait-ce qu'une prise de position à peu près ferme sur ce sujet. Même si ses pitreries pouvaient éventuellement divertir par leur goût affirmé pour l'anarchie, ce comédien était jusqu'à présent un poids mouche dans le ring du cinéma français. La donne risque sérieusement de changer grâce à son premier film en tant que réalisateur, une satire méchante et acerbe comme on les aime, qui n'épargne aucun détail de notre culture faux cul.
Après une introduction de haut vol, qui résume en quelques observations caustiques tout ce qui va de travers dans notre culte du paraître, Fatal ne relâche à aucun moment la tension dramatique, jusqu'à la finale volontairement ringarde, qui confirme nos pires craintes sur le déclin irrémédiable de l'empire occidental, abreuvé à l'artifice américain. L'humour de Michaël Youn ne fait guère dans la finesse, avec ce ton survolté qui n'évite nullement la vulgarité. Cependant, la grossièreté du trait ne fait que ressortir encore mieux le ridicule et le crétinisme du paysage audio-visuel international. Derrière un écran de fumée de blagues scatologiques, le réalisateur opère ainsi une analyse astucieuse et lucide de nos habitudes de réception des images, tout comme des rares tabous sociaux, tel l'homosexualité, qui ont plus de mal d'être réellement récupérés par le lavomatique d'un monde inoffensif, vu par écran de télévision interposé.
La multitude de pistes de réflexion et de références culturelles que le film aborde sans jamais démentir l'idiotie et l'impuissance de ses personnages ne nuit par contre nullement à son taux de divertissement, très élevé. Même si Michaël Youn ne dispose pas d'un style visuel particulier, son inventivité scénaristique et la nature corrosive de son approche suffisent largement pour nous faire passer un excellent moment : en nous moquant des idoles et des modes de réception de la jeune génération qui suit la nôtre, mais en devant admettre également qu'il est hélas désormais impossible d'y échapper ou de proposer une philosophie médiatique alternative, en mesure de séduire la populace avec un leurre aussi puissant que les paillettes et les people.
Vu le 17 mai 2010, au Club de l'Etoile