Eyes of war
Réalisé par Danis Tanovic (2010)
| Durée | 100 minutes |
| Sortie | 16/06/2010 |
| Note | 6/10 |
En 1988, le photographe de guerre Mark Walsh part en Irak avec son meilleur ami et collègue David pour rendre compte de l'insurrection des Kurdes. Après avoir observé un hôpital de fortune, que le docteur Talzani a installé dans une grotte, où il ne soigne que les blessés qui ont une chance de survivre, les journalistes suivent les combattants dans leur prochaine grande offensive. David rebrousse cependant chemin au bout de quelques jours, puisqu'il souhaite être de retour chez lui, quand sa femme Diane accouchera. Mark est blessé pendant cette mission et rentre seul, après avoir été remis sur pieds par le docteur Talzani. A Dublin, il apprend avec étonnement que son ami n'a pas donné de nouvelles, depuis qu'il l'a vu pour la dernière fois.
La critique
Par Tootpadu 11/05/2010
Les différentes étapes de cette guérison mentale sont pour la plupart assez convenues. Alors que le principe de la sélection des survivants à l'hôpital, par le biais de l'attribution d'une couleur en fonction de la gravité de la blessure, nous paraît plutôt commun dans un tel contexte de précarité et de pénurie, le retournement final agit moins comme une surprise qu'en tant que confirmation logique des interrogations qui faisaient avancer plutôt mollement l'intrigue jusque là. Le réalisateur réussit par contre à condenser avec une intensité émotionnelle infiniment plus prenante le poids écrasant du souvenir de Mark Walsh, dans les deux courts récits qui illustrent les moments marquants de sa carrière de photographe de guerre. En comparaison avec ces instants douloureux vécus dans d'autres conflits en Amérique latine et en Afrique, les retours en arrière récurrents, au symbolisme appuyé avec la pluie des pétales et les torrents du fleuve, font pâle figure.
Néanmoins d'une facture solide, Eyes of war surprend surtout agréablement du côté de l'interprétation. Bien qu'il ne dispose pas d'un talent dramatique faramineux, Colin Farrell mène depuis quelques années déjà une carrière quasiment parfaite, en s'associant à des réalisateurs prestigieux (Stone, Malick, Mann, Allen, Gilliam) qui lui confient des rôles invariablement exigeants, dont il s'acquitte plus que convenablement. Ici, le traumatisme de son personnage l'incite à se mettre à nu, littéralement et dans le sens figuré, pour dévoiler un côté fragile et sensible qu'il aurait tort de ne pas explorer davantage dans ses films à venir. Quant à Christopher Lee, l'envergure de son rôle de vieux psychologue omniscient est carrément bluffante et permet pour une fois à cet acteur de légende d'approfondir les caractéristiques de son personnage, contrairement à ses apparitions anecdotiques au début de la décennie dans l'univers du Seigneur des anneaux et de Star Wars. Mais c'est Branko Djuric dans le rôle du docteur Talzani qui nous a impressionnés le plus. Ses quelques minutes de présence à l'écran suffisent en effet pour transmettre tout le dilemme existentiel du peuple kurde, condamné à une vie misérable dans la clandestinité et à une guerre qu'il ne pourra probablement jamais gagner. Dommage alors que les rôles féminins ne se démarquent pas par la même ingéniosité scénaristique et dramatique.
Vu le 10 mai 2010, au Club Marbeuf, en VO