Un taxi pour Tobrouk

Réalisé par Denys de La Patellière (1961)

Guerre
Un taxi pour Tobrouk
Durée 92 minutes
Sortie 10/05/1961
Note 6/10

En 1942, un commando français fait sauter un dépot d'essence allemand à Tobrouk, en Lybie. L'officier en charge de l'opération y laisse sa vie et c'est donc au brigadier Théo Dumas de ramener à leur base d'El Alamein les trois autres hommes du groupe, le médecin juif Samuel Goldmann, le condamné à mort Jean Ramirez et l'intellectuel et fils à papa François Gensac. Perdus en plein désert et sans voiture depuis une attaque aérienne, les hommes tombent par hasard sur une auto-mitrailleuse allemande. Ils tuent ses quatre occupants et prennent le capitaine Ludwig von Stegel comme prisonnier.

La critique

Par Tootpadu 31/05/2009

La guerre comme un immense terrain de jeu, où la camaraderie et les vannes affectueuses prennent le dessus sur la réalité barbare, tel est le précepte de ce classique du cinéma populaire français. Pendant longtemps, Un taxi pour Tobrouk se laisse apprécier comme un film d'aventures de haut vol, qui alterne entre les situations de tension intenses, où les naufragés se battent pour survivre, et des moments plus conviviaux, au cours desquels l'impératif guerrier passe à l'arrière-plan au profit de la création de liens plus humains. Invoquer de la sensibilité par rapport à ce film ou le mettre au même niveau que des chefs-d'oeuvre incontestables de périples au masculin et à la française comme Le Salaire de la peur de Henri-Georges Clouzot, ce serait quand même lui faire trop honneur. Mais il n'en reste pas moins un exemple très solide et divertissant du cinéma de nos pères.
Le ton viril et sans complexes des répliques de Michel Audiard passerait sans doute comme du machisme de nos jours. Il convient cependant parfaitement à l'époque du film, où le rapprochement hésitant à l'ennemi d'antan était plus à l'ordre du jour que le maintien de sa diabolisation archaïque. Les soldats français et leur prisonnier allemand n'oublient certes pas complètement les antécédents de leur adversité. L'expérience partagée du périple à travers l'environnement hostile du désert les unit cependant suffisamment pour adoucir la perception sommaire qu'ils pouvaient avoir auparavant l'un de l'autre. Hélas, de tels sentiments de solidarité et de respect à l'échelle individuelle n'ont pas droit de cité en temps de guerre et la conclusion ramène péniblement ce commando rapiécé à la réalité. En cela, la trame de ce film ressemble à celle des 12 salopards de Robert Aldrich, qui évoque à sa façon la création organique d'une unité à première vue mal assortie, qui finira sans fanfare sur l'autel d'une guerre inhumaine.
Une fois n'est pas coutume, Denys de La Patellière nous gratifie d'une mise en scène dense et vigoureuse, qui rend parfaitement justice au rythme sans faille de son scénario, co-écrit avec Michel Audiard et René Havard. L'ensemble excellent des cinq acteurs principaux, qui réunit Lino Ventura, Charles Aznavour, Maurice Biraud, German Cobos et Hardy Krüger, garantit enfin la qualité supérieure de ce film, qui prêche doucement la tolérance, derrière son apparence de spectacle viril.

Vu le 31 mai 2009, au MK2 Quai de Loire, Salle 3

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

Retour à la liste des Critiques