Policier adjectif

Réalisé par Corneliu Porumboiu (2010)

Policier
Policier adjectif
Durée 114 minutes
Sortie 19/05/2010
Note 6/10

Depuis quelques jours, le jeune officier de police Cristi suit Alex, un lycéen dénoncé par son camarade de classe Victor, pour avoir fumé du haschich et en avoir proposé à ses amis. Ses supérieurs veulent l'obliger à provoquer un flagrant délit pour boucler l'affaire, mais Cristi doute de la culpabilité de l'adolescent. Il ne souhaite pas avoir la vie du jeune homme sur la conscience, alors que la consommation de cannabis commence à être légalisée dans d'autres pays européens et que ses rapports de filature n'indiquent en aucune façon qu'Alex est un trafiquant de drogues.

La critique

Par Tootpadu 07/05/2010

La police de la province roumaine ne doit vraiment pas avoir grand-chose à faire, pour pouvoir se consacrer pendant plus d'une semaine à une affaire aussi bénigne qu'un jeune qui fume du shit ! L'aborder de cette manière pragmatique, ce serait sérieusement se tromper sur la véritable nature du deuxième film du réalisateur Corneliu Porumboiu. Ce dernier tranche en effet volontairement avec les règles du genre, à travers un rythme pondéré et un enjeu moral qui ne se réfère pratiquement plus à la distinction classique entre le bien et le mal, le policier et le criminel. Puisqu'il n'y a pas de crime à proprement parler, la machine de l'exécutif tourne à vide et se nourrit d'un mélange malsain entre des délits fabriqués de toutes pièces et des policiers en panne d'une raison d'être. La très grande banalité dans laquelle baigne tout le film rend le dilemme moral dans lequel se trouve le protagoniste d'autant plus inexorable et oppressant. Laissé tout seul avec une affaire qui ne méritait sans doute pas un tel investissement de temps et d'argent du contribuable, Cristi doit en plus supporter la pression de ses supérieurs, des fonctionnaires aussi impuissants que lui face aux mécanismes de l'administration, qui se réfugient sans états d'âme derrière la définition littérale de la justice.
Le véritable objectif de l'intrigue minimaliste, qui borde parfois à l'ennui, n'est donc pas d'attraper des méchants ou de montrer le quotidien dangereux des forces de l'ordre roumaines, mais de s'interroger subtilement sur la notion de conscience dans le cadre d'un métier qui sait la plier à sa guise, selon les besoins de la hiérarchie. L'isolement de Cristi et la monotonie de son travail, tout comme la banalité de sa vie conjugale, participent à rendre le personnage sympathique et à nous réconforter dans l'élan d'identification avec ses scrupules, aussi démesurés soient-ils. Le courage dont il fait preuve pour tenir tête au pragmatisme du procureur au fil du plan séquence vers la fin du film nous donne même l'espoir que toute l'opération de filature sera classée sans suite, comme exemple parfait de son absurdité. Et puis, en deux séquences et une partie grotesque de foot-tennis, le château de cartes de l'idéalisme et de la conscience tranquille s'écroule sans fanfare.
Si ce n'était pour cette conclusion inattendue et étonnamment ramassée dans le temps, Policier adjectif aurait probablement eu un moindre impact sur nous. Sans elle, le travail consciencieux de Cristi, interprété avec le même stoïcisme attachant que dans Boogie par Dragos Bucur, et son quotidien sans éclat auraient au mieux servi de témoignage guère excitant sur l'inertie de la Roumanie, vingt ans après la chute de Ceaucescu. Mais dans le contexte des trois dernières séquences, une perspective infiniment plus complexe se profile pour ce film, qui se transforme subitement, quoiqu'un peu tardivement, en une réflexion stimulante sur les arcanes de la conscience.

Vu le 5 mai 2010, au Club Marbeuf, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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