Domaine
Réalisé par Patric Chiha (2010)
| Durée | 110 minutes |
| Sortie | 14/04/2010 |
| Note | 6/10 |
Pierre, un adolescent de 17 ans, n'aime pas traîner avec les jeunes de son âge. Il préfère passer ses après-midis en compagnie de Nadia, une mathématicienne flamboyante à laquelle il se sent lié par une complicité manifeste et quelques souvenirs communs qui remontent jusqu'à son enfance. Ensemble, ils se promènent dans les parcs de la ville et se posent parfois pour prendre un verre. D'abord dépendant de cette relation de confiance, Pierre s'éloigne progressivement de Nadia. En voie de devenir un adulte qui s'assume, il la voit dès lors pour ce qu'elle est réellement : une alcoolique en panne d'une raison pour vivre.
La critique
Par Tootpadu 07/04/2010
L'aspect bien plus fascinant de ce premier film, c'est le cheminement à travers lequel le jeune protagoniste réussit à s'affranchir de cette relation de plus en plus oppressante et de l'influence en fin de compte néfaste de Nadia. Au début, ses rencontres avec cette femme mondaine lui servent de repère et d'échappatoire d'un quotidien, dans lequel il ne pense pas trouver sa place. L'éveil timide de son homosexualité n'est alors que le symbole le plus flagrant de cet élan d'une exclusion volontaire du cercle familial et de la compagnie de ses camarades de classe, qui le regardent de travers rien que pour le choix de sa boisson, un verre de vin blanc comme sa tante en descend régulièrement. Ses rendez-vous privilégiés sont pour lui un appui et un soutien moraux de la part d'une proche, qui ne se permet pas de fouiller dans son intimité, mais qui paraît avoir compris néanmoins les troubles et les incertitudes qui agitent son neveu.
Ensuite, la relation entre ces deux individus plus ou moins meurtris se déteriore, justement parce que Pierre apprend doucement à voler de ses propres ailes. C'est sa tante qui le fait rentrer dans le milieu des boîtes gaies, mais c'est Pierre qui rencontre son copain hors du ghetto, dans le tramway. L'émancipation du jeune adulte ne se déroule évidemment pas sans mal, puisque la coupure du cordon ombilical, que Nadia entretient affectueusement avec Pierre, la propulse dans une dégringolade sociale quasiment irréversible.
Le chapitre final de Domaine achève alors la rupture douloureuse entre ces deux confidents, que rien ne semblait pouvoir séparer au début. Eloignés géographiquement par le départ de Nadia en cure de désintoxication en Autriche, la tante et son neveu ne réussissent pas à raviver la flamme de leur relation, lors de la visite de Pierre. Au contraire, ce dernier se rend péniblement compte du désespoir existentiel de Nadia, plus mentalement instable que jamais et incapable de renoncer à l'alcoolisme, qui cache tant bien que mal son malaise profond. Il est alors temps pour Pierre de couper définitivement les ponts, quitte à abandonner Nadia en pleine nuit dans la forêt, pour ne pas se laisser corrompre son propre avenir par cette femme qui n'en a plus.
La relation étrange entre Nadia et Pierre, qui traverse une série de phases symptomatiques du gain de maturité de l'un et de la décrépitude de l'autre, n'aurait sans doute pas sonné aussi juste, sans l'implication exemplaire de Béatrice Dalle et d'Isaïe Sultan. Tandis que l'actrice téméraire, toujours en quête d'un rôle à l'écart des sentiers battus, habite son personnage d'une femme énigmatique et alcoolique avec l'intensité qu'on lui connaît, le jeune débutant apporte une fraîcheur et une innocence relative à Pierre, qui le préservent des clichés toujours susceptibles de peser sur la représentation filmique des pédés adolescents sur le point de s'assumer.
Vu le 1er avril 2010, au Club Marbeuf