Heimat 3 - Chronique d'une époque 1

Heimat 3 - Chronique d'une époque 1
Titre original:Heimat 3 - Chronique d'une époque 1
Réalisateur:Edgar Reitz
Sortie:Cinéma
Durée:105 minutes
Date:29 mars 2006
Note:
1 - Le peuple le plus heureux du monde
Le soir de la chute du mur de Berlin, en 1989, le chef d'orchestre Hermann Simon rencontre par hasard la cantatrice Clarissa Lichtblau, l'amour de sa jeunesse qu'il avait perdu de vue depuis longtemps. Les deux amants célèbrent passionnément ces retrouvailles dans la métropole en euphorie. Clarissa emmène Hermann vers l'endroit rêvé où elle souhaite habiter avec lui dans une vieille maison. Celle-ci ne se trouve qu'à quelques kilomètres de Schabbach, le village natal de Hermann. Ensemble, les deux musiciens surveillent la rénovation du vieil édifice qu'ils ont confiée à des ouvriers venus de l'Est.

Critique de Tootpadu

Quatorze ans après la Zweite Heimat et vingt-deux ans après la Heimat qui avait tout commencé, le réalisateur Edgar Reitz poursuit l'oeuvre épique de sa vie. Puisqu'il est fort probable que la saga de Hermann Simon se termine avec ce troisième volet, vu l'âge du cinéaste et les moyens plus réduits mis à sa disposition, il serait carrément criminel de passer à côté de ce chef-d'oeuvre épique qui cerne, comme personne depuis feu Rainer Werner Fassbinder, la culture, la mentalité et l'âme allemandes. Bien au-delà du récit autobiographique, le parcours du musicien issu du Hunsrück englobe en effet les grands moments de l'Histoire allemande qui interagissent avec les péripéties personnelles d'une façon étonnante.
La chute du mur de Berlin et l'invasion surtout d'ordre économique des Allemands de l'Est pendant les premiers mois qui ont suivi cet événement majeur apparaîssent ainsi en filigrane de l'intrigue principale qui raconte les retrouvailles sentimentales entre Hermann et Clarissa. Edgar Reitz sait, comme pratiquement personne d'autre, ancrer ses personnages dans leur contexte historique et social et il les laisse prendre en compte très naturellement les bouleversements globaux qui déteignent sur leur petite existence individuelle. Chez d'autres cinéastes moins subtils, cette interaction constante aurait tendance à paraître poussive et prétentieuse, mais grâce à la touche fine et précise de Reitz qui ne force à aucun moment le trait, le recours régulier à la toile de fond historique devient une évidence vitale pour son récit épique. En effet, les premiers éléments d'un vaste réseau de renvois et d'interactions à travers les épisodes et les trois volets de l'épopée sont mis en place ici, et le cadre de l'Allemagne de 1989 à l'an 2000 ne figure qu'en tant que détail précieux dans la logique de narration immense du réalisateur.
De même, l'aspect plus personnel de l'histoire, le retour imprévu aux sources et la tranquillité d'esprit relative avec laquelle il est accueilli, s'intègre dans un tableau social plus vaste. D'un côté les moeurs et les commérages des villageois et de l'autre les hauts lieux de la culture internationale, ici aussi Reitz jongle magistralement avec les opposés, sans pour autant les mettre bêtement en rivalité. Au contraire, tout cet épisode est marqué par l'euphorie de la réunification des peuples et des amants, au point de laisser peut-être un peu trop de côté d'éventuels sursauts dramatiques. Néanmoins, Le peuple le plus heureux du monde est infiniment plus qu'une simple exposition et mise en place des intervenants.
Le style génial de Reitz qui sait alterner sans gêne la couleur et le noir et blanc, et qui excelle dans une mise en scène subtile aux cadrages parlants et au montage astucieux, nous fait déjà saliver en l'attente des autres épisodes qui sortiront très bientôt. L'homme d'une seule histoire à la fois personnelle et universelle, Reitz pose ici la dernière pierre brillante de l'édifice parfait qui constituera son héritage artistique. Nous ne pouvons qu'admirer un tel artiste et visionnaire qui sait aller droit au but, quitte à avoir besoin de plus de deux jours entiers pour y arriver. Car chaque minute dans Zweite Heimat et, nous l'espérons avec bien plus d'optimisme après cette première partie enthousiasmante, dans Heimat 3 relève d'un cinéma essentiel.

Vu le 31 mars 2006, au Reflet Médicis, Salle 1, en VO

Note de Tootpadu: