Ajami

Réalisé par Scandar Copti, Yaron Shani (2010)

Drame
Ajami
Durée 125 minutes
Sortie 07/04/2010
Note 5/10

Omar, un jeune arabe israélien d'Ajami, un quartier de la ville de Jaffa, a besoin d'argent. Sa famille est la cible d'une vengeance sanglante depuis que son oncle a tiré sur un messager bédouin. Le camp adverse réclame une forte somme d'argent pour faire cesser la violence. Malek, le collègue clandestin d'Omar au restaurant d'Abu Elias, est lui aussi en panne de moyens financiers pour permettre à sa mère, gravement malade, de se faire opérer en Israël. Enfin, le policier juif Dando est à la recherche de son frère, un soldat disparu depuis des mois sans laisser de traces.

La critique

Par Tootpadu 04/03/2010

Un mélange de cultures en crise à la Collision sous forme d'un scénario alambiqué à la Guillermo Arriaga : il n'y a rien d'étonnant à ce que les Académies du cinéma israélien et américain aient sollicité ce premier film. Ajami correspond en effet à une certaine idée du cinéma, qui suppose qu'il suffit de juxtaposer le fatalisme et le misérabilisme pour aboutir à une oeuvre significative et socialement percutante. Chacun des personnages malmenés du film dispose ainsi d'une raison simple pour justifier ses actes. Peu importe que ce soient l'honneur familial ou des difficultés pécuniaires qui motivent leur dégringolade vers le cercle vicieux de la violence, ils répondent tous à une logique scénaristique qui les prédestine au pire. Dès les premières minutes du film, la mort fait une entrée fracassante et réapparaît ensuite périodiquement, comme pour mieux souligner la fragilité de la vie pour tous dans l'état d'Israël, à la fois assiégé et occupant.
La partie de la société israélienne à laquelle s'intéresse le film évolue misérablement en bas de l'échelle sociale. Faute de justice qui n'avancerait pas à deux vitesses - efficace dans la solution des affaires juives et laxiste lorsqu'il s'agit de respecter les droits de la population arabe -, la violence arbitraire et aveugle est le médiateur malheureux d'un quotidien morne et désespérant. Selon les conditions de vie précaires, à la fois d'un point de vue matériel et émotionnel, qu'Omar, Malek, Dando et Binji partagent et subissent de plein fouet, aucun d'entre eux ne pourra prétendre à un avenir meilleur. Ils sont tous si étroitement liés au tissu social néfaste qui les entoure, que leurs agissements se bornent à une réaction quasiment instinctive au danger qui fonce droit sur eux. Dans un contexte semblable, c'est, au propre comme au figuré, l'impuissance du clandestin livré à la bonne volonté de ses passeurs, qui les regroupe tous ensemble. Omar doit rester cloîtré chez lui, par peur de se faire descendre à cause d'une guerre de clans pour laquelle il ne peut strictement rien, jusqu'à ce que son patron et beau-père potentiel, dans un monde plus tolérant, calme les esprits. En dépit de son allure de fils exemplaire et gentillet, Malek n'hésite pas avant de quitter le droit chemin de la servilité envers son maître pour rassembler l'argent nécessaire à l'opération coûteuse de sa mère, rien que pour se retrouver in extremis comme l'acolyte suprême d'Abu Elias. De même, la confirmation du sort tragique de son frère représente pour Dando le point de départ d'une déchéance morale, qui dépasse de loin les petites combines désobligeantes des policiers en civil.
Tout cela aurait éventuellement pu donner un film passionnant, ou au moins intéressant, si les cinq chapitres du puzzle en guise d'intrigue ne s'employaient pas aussi lourdement à faire tourner le spectateur en bourrique. La deuxième influence citée plus haut prend en effet rapidement le dessus, par rapport au patchwork social et à l'ambition universelle du film qui se concrétisent avec chaque nouveau revirement mélodramatique, en déconstruisant méticuleusement le fil narratif de l'histoire. La notion de temps filmique est la première victime du dispositif pesant, qui consiste à relier les différents personnages entre eux, sans considération notable pour un rythme progressivement croissant du récit. Très vite, les retours en arrière incessants, qui culminent tôt ou tard avec la rencontre fatidique au petit matin, instaurent une impression de durée interminable et passablement ennuyeuse. Seul Nasir, le jeune narrateur pompeusement philosophe et frère d'Omar, arrive alors à recentrer tant soit peu la narration. Sans surprise, sa vision des choses est mise en avant lors du dernier chapitre. Celui-ci répond d'une façon aussi exhaustive que laborieuse à toutes les questions qu'on aurait pu se poser encore sur les zones d'ombre restantes de cette intrigue, qui se veut complexe mais qui finit par nous mâcher tout le travail.

Vu le 3 mars 2010, au Club Marbeuf, en VO

★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

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