Night and Day

Réalisé par Hong Sang-soo (2008)

Drame
Night and Day
Durée 145 minutes
Sortie 23/07/2008
Note 6/10

Après avoir fumé son premier joint en compagnie de deux étudiants américains, dont l'un l'a dénoncé à la police, le peintre coréen Kim Sung-nam s'évade précipitemment à Paris, en plein mois d'août. Complètement déraciné dans un pays dont il ne parle pas la langue et triste d'être séparé de sa femme, Sung-nam fait la connaissance de deux étudiantes d'art coréennes. Tandis que les retrouvailles par hasard avec Jang Min-sun, qui était sa compagne dix ans plus tôt, ne débouchent sur rien, Sung-nam se sent attiré par Lee Yu-jeong, une des étudiantes.

La critique

Par Tootpadu 10/06/2008

La gravité d'une vie sentimentale impulsive contraste plutôt subtilement avec le regard amusé d'un étranger sur la vie à Paris, dans ce huitième film du réalisateur coréen Hong Sang-soo. Ce dernier a en effet la chance de voir tous ses films distribués en France, quitte à ce que ce soit dans le désordre et des regroupements arbitraires. Après le triplé de ses premiers films, qui étaient tous sortis simultanément en février 2003, voici donc ses deux films les plus récents, qui sortiront cet été là encore dans une inversion chronologique curieuse. En attendant Woman on the Beach dans un mois, Hong Sang-soo explore ici des histoires de couples précaires, soumis aux coups de coeur ou de libido d'un homme exilé.
Le point de vue de la narration ne quitte en effet que très rarement celui de Sung-nam, un artiste qui ne sait pas trop ce qu'il veut et qui tombe successivement amoureux de quelques filles coréennes, au cours d'un séjour involontaire à Paris. C'est dans les moments plus intimes, lorsque le discours désabusé et flottant du protagoniste est remplacé par une plongée dans ses désirs oniriques, que sa cruauté sentimentale apparaît clairement. Sung-nam se dévoile alors autant comme une proie facile pour les différentes stratégies de séduction de ses partenaires féminines, que comme un coureur de jupons invétéré et lâche. Le constat principal du film, soutenu par son encadrement musical funeste de Beethoven, s'apparente ainsi à une lamentation sur l'incosistance sentimentale des hommes en général, et du personnage principal en particulier.
Cette étude subtile sur l'oisiveté et l'infidélité s'accompagne d'un panorama parisien saisissant, pris depuis le point de vue d'un étranger exilé et propulsé violemment en plein farniente estival. Rien que pour créer un effet de simultanéité entre l'action fictive et la réalité citadine, la date de sortie du film est des plus adéquates. Et puis, un peu comme Richard Linklater dans son magnifique Before sunset, Hong Sang-soo adopte la position du touriste intrigué par les particularités parisiennes. L'étonnement sur les clebs agressifs et sur les crottes qui flottent dans le caniveau, ainsi que le choix d'un quartier, au sud de Montparnasse, généralement peu exploité cinématographiquement, participent alors à la redécouverte de notre ville préférée sous un nouveau jour.
Enfin, même si ce n'est que pour quelques secondes, ça fait toujours plaisir de retrouver Jérémie Elkaïm, qui avait disparu pratiquement de nos écrans, après des débuts très prometteurs au début de la décennie.

Vu le 9 juin 2008, au Publicis Cinémas, Salle 2, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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