Kumbh Mela Sur les rives du fleuve sacré
Réalisé par Pan Nalin (2014)
| Durée | 117 minutes |
| Sortie | 30/07/2014 |
| Note | 5/10 |
Au début, le réalisateur Pan Nalin ne devait ramener de son pèlerinage à Kumbh Mela que de l’eau sacrée pour son père. Finalement, il est revenu de ce voyage au confluent de trois rivières sacrées avec des histoires sur les hommes et les femmes qui s’y sont rendus l’année dernière, afin de se laver de tout péché comme le veut la religion hindoue. Celle de Baba Yogi, un ancien ermite qui élève depuis trois ans un enfant abandonné tout en poursuivant sa méditation. Celle de Mamta Devi et Sonu qui cherchent pendant des semaines leur fils Sandeep, apparemment enlevé. Et celle de Kishan Tewari, un fugueur d’à peine dix ans qui se lie d’amitié avec les commerçants, les policiers et les moines de la secte Akhada Agni.
Les critiques
Par Noodles 23/07/2014
Comment est-il possible de réaliser un documentaire à la hauteur du plus grand rassemblement au monde ? Cette périlleuse tâche, c’est pourtant celle à laquelle s’est attelé le réalisateur et documentariste Pan Nalin, à qui l’on doit notamment les deux long-métrages de fiction Samsara (2001) et La Vallée des fleurs (2006). Son nouveau documentaire Kumbh Mela, sur les rives du fleuve sacré se présente donc certainement comme le projet le plus ambitieux d’une œuvre dont le sujet de prédilection est la recherche de spiritualité. Voyons donc de quelle manière le cinéaste est parvenu à capter cet évènement mystique et fascinant.
Tout d’abord, Kumbh Mela, sur les rives du fleuve sacré a le mérite de nous proposer de suivre une pluralité de destins tous bien différents, sans pour autant prétendre vouloir représenter de manière exhaustive tous les hindous qui se rendent à ce pèlerinage. Pourtant, le fait de s’attarder sur ces quelques personnes prises presque au hasard et qui s’avèrent être hors du commun nous laissent penser que chacun des cent millions d’individus qui participent à cet évènement a son histoire et sa motivation propre, et aurait finalement pu être l’un des personnages du documentaire. Evidemment, certains sujets qui sont filmés nous paraissent bien plus intéressants que d’autres, et le public prendra certainement plus de plaisir lorsqu’il s’agit de suivre les errances du jeune fugueur Kishan, ou à observer la touchante relation entre un yogi et l’enfant qu’il a recueilli.
En plus de se faire le récit de personnages extraordinaires, le documentaire de Pan Nalin s’attache également à nous dévoiler une réalité bien moins gaie qui accompagne le Kumbh Mela, celle des très nombreuses disparitions de proches dont une grande partie d’entre eux ne sera jamais retrouvée. Il est donc intéressant de voir que le film ne cherche en aucun cas à occulter les aspects les moins réjouissants du rassemblant qu’il dépeint, en sachant que de nombreux enfants disparus sont en fait la cible de trafiquants d’organes.
Toutefois, nous avons la désagréable impression d’être passé à côté de l’essentiel : n’aurait-il pas fallu que Pan Nalin se détache davantage de ses sujets pour capter au mieux la dimension mystique du Kumbh Mela, qui est finalement primordiale ? Bien entendu, il est toujours difficile d’approcher cinématographiquement la notion de spiritualité, mais il nous semble qu’ici le réalisateur n’a pas su insuffler assez de sublime dans l’aspect formel de son film. Les images sont certes assez époustouflantes de beauté, mais cela est moins dû à une recherche voulue d’esthétisme qu’à la nature même de ce qui est filmé.
Autrement dit, Kumbh Mela, sur les rives du fleuve sacré reste un documentaire beau et prenant principalement parce que l’évènement en lui-même est grandiose. Si la sensation de voyager à travers un écran de cinéma est bel et bien présente, la démarche du réalisateur manque cependant d’audace et ne semble pas totalement parvenir à cerner l’esprit de ce qui est filmé.
Vu le 22 juillet 2014, au Club de l'Etoile, en VO.
Par Tootpadu 22/07/2014
Des dizaines de millions de pèlerins qui se succèdent, tous les douze ans, pendant près de deux mois dans un lieu de culte en plein air : l’envergure de la fête religieuse de Kumbh Mela force le respect. Le documentaire que le réalisateur Pan Nalin en a tiré y parvient beaucoup moins. La multitude d’axes d’approche pour un événement d’une telle démesure aboutit à quelques maigres portraits intimistes, des sortes d’instantanés de trois destins individuels au cours de ce tohu-bohu épique. Car si la dimension démographique du rassemblement énorme n’est jamais perdue de vue au fil de la narration passablement décousue de Kumbh Mela Sur les rives du fleuve sacré, son aspect spirituel n’est guère traduit dans des termes cinématographiques convaincants. L’objectif du film n’était probablement pas de servir de propagande édifiante ou touristique. Mais la démarche du réalisateur, coincée quelque part entre le pittoresque et l’anecdotique, n’aménage aucune porte d’accès viable par laquelle un spectateur peu familier des pratiques religieuses indiennes aurait pu accéder ne serait-ce qu’à un état d’illumination passager.
Le chaos ambiant n’invite en effet point au recueillement. Au contraire, cette grande messe de la purification de l’âme apparaît souvent comme un bazar disproportionné dans lequel l’expérience individuelle se perd irrémédiablement dans les mouvements de foule difficiles à contrôler. Les trois récits que la narration explore en parallèle n’ont d’ailleurs qu’accessoirement trait au parcours spirituel des pèlerins, plutôt pris au piège de manifestations plus ou moins brutales de la vie profane. La plus touchante de ces quêtes d’un bonheur terrestre et céleste – alors que le contexte ne s’y prête pas forcément – est celle de Baba Yogi, un père improvisé qui veille pourtant avec une tendresse remarquable sur sa progéniture. Dans la complicité qui le lie à son fils adoptif, on retrouve un peu de la chaleur universelle qui devrait caractériser chaque rapport entre des parents et leurs enfants. De surcroît, les propos du vieux sage font preuve d’une lucidité et d’un pragmatisme qui font cruellement défaut au reste du film.
Alors qu’il nous aurait paru souhaitable de centrer tout le film sur ces deux êtres mal assortis, la caméra préfère nous emmener loin de cette quiétude en marge de l’extase omniprésente, auprès d’un couple qui cherche désespérément son fils disparu et d’un gamin au comportement et aux idées pas très nets. Lorsque les chemins de millions de personnes se croisent dans une frénésie abrutissante, il y a forcément des dégâts. Pour les parents de Sandeep, ils se conjuguent à travers les innombrables bureaux de personnes perdues, tandis que pour Kishan Tewari, cet univers enchanteur qui ne dure que quelques semaines servira à la constitution d’une identité imaginée. Dans les deux cas, les rites propres à l’eau touchée par la main de dieu remplissent au mieux une fonction annexe, comme si le sort des victimes d’un trafic d’organes et celui d’un fugueur fabulateur n’entretenaient qu’un lien approximatif avec la tradition ancestrale.
Enfin, la lacune la plus regrettable du documentaire est de ne pas nous avoir permis de mieux comprendre l’envergure spirituelle de ce festival de sons et de couleurs. Faute d’une quelconque mise en valeur formelle de l’acte clé du pèlerinage, la mise en scène se contente d’une esthétique assez clinquante, qui fait perdurer les préjugés sur l’Inde et ses multiples facettes, mais qui ne s’efforce que mollement à rompre avec cette perception lointaine et exotique d’une culture fascinante.
Vu le 22 juillet 2014, au Club de l'Etoile, en VO