Rafle (La)

Réalisé par Roselyne Bosch (2010)

Drame historique
Rafle (La)
Durée 125 minutes
Sortie 10/03/2010
Note 5/10

Au début de l'été 1942, le gouvernement de la France occupée se plie aux exigences allemandes et impose à tout citoyen juif de porter désormais l'étoile jaune. Mais la persécution ne s'arrête pas là, puisque Hitler attend une contribution substantielle de la France à son programme d'extermination systématique des Juifs. Les forces de l'ordre françaises acceptent alors de mener elles-mêmes une première rafle, le 16 juillet, qui se conclut par l'internement de treize mille personnes au vélodrome d'hiver dans le 15ème arrondissement de Paris. Parmi elles se trouve le jeune Joseph Weisman et sa famille, qui avaient trouvé un temps refuge sur la butte Montmartre. Leur périple se poursuivra au camp de Beaune-La-Rolande dans le Loiret.

La critique

Par Tootpadu 16/02/2010

Depuis toujours, l'Histoire s'écrit à deux niveaux : celui des grands hommes et des événements marquants pour la collectivité que l'on trouve dans les manuels d'école, et puis celui du vécu personnel dont le point de vue individuel est transmis d'une façon moins formelle, par exemple à travers la transmission orale au sein des familles ou la publication de mémoires. Le cinéma a participé activement à ce devoir du souvenir, en basculant périodiquement d'un côté ou de l'autre de ces récits historiques. Pour son deuxième film, la réalisatrice Roselyne Bosch s'est essayé à une combinaison de ces deux approches, avec au final un film qui ne rend pas vraiment justice ni à l'une, ni à l'autre. L'alternance soutenue entre l'aspect douloureusement émotionnel de la rafle du "vél d'hiv" et ses implications politiques plus vastes aurait exigé une complexité narrative, que la mise en scène consciencieuse n'est point en mesure d'accomplir.
La Rafle reste par conséquent un film très inégal, qui s'acquitte sans bravoure de sa tâche essentielle du rappel de l'histoire de la persécution des Juifs dans la France occupée. Il fait certes l'effort de pointer du doigt la lâcheté et le calcul politique des dirigeants français de l'époque. Mais cette mise en cause est presque fâcheusement attenuée par son penchant pour un ton sentimental, qui peut faire couler des larmes, sans toutefois apporter rien de nouveau dans le contexte d'un sous-genre aussi épineux que régulièrement sollicité. De même, sa prétention placée en exergue, de ne montrer que les événements qui ont réellement eu lieu, l'enferme dans l'obligation d'une fidélité historique a priori impossible à réaliser et pas forcément concluante d'un point de vue dramatique. Cette profession de foi est d'autant plus dispensable, que les horreurs de la Shoah devraient être assez largement connues pour ne plus nécessiter une telle distinction pompeuse. Car en fin de compte, ce film n'a aucune révélation ou confidence intime à nous faire. Dans le meilleur des cas, il sert juste de rappel salutaire d'un chapitre abominable de l'Histoire européenne, qu'il serait tout aussi abject de relativiser, d'excuser, voire d'oublier.
En dehors de toutes ces réserves, La Rafle contient néanmoins son lot de séquences qui vont droit au coeur. Ce ne sont pas toujours les effusions de désespoir minutieusement préparées qui sonnent le plus juste, comme la séparation des enfants de leurs parents, mais au contraire les sursauts d'humanité face à une tragédie dont la barbarie nous laisse sans mots. Ainsi, l'arrivée des pompiers dans un vélodrome bondé ou quelques opérations de sauvetage improvisées lors de la rafle matinale sont des indicateurs bien plus subtils du courage civique d'une minorité de Français que le combat valeureux de l'infirmière, qui suit le convoi de la mort aussi loin qu'elle le peut. Dommage alors que ces quelques parenthèses d'authenticité émotionnelle se perdent dans le contraste forcé entre la décadence morale de Hitler et du maréchal Pétain et la déroute dégradante des internés juifs. Et ce n'est certainement pas l'épilogue sirupeux après la guerre sur un fond musical aussi dépourvu d'originalité que "Clair de lune" de Debussy, qui va nous réconcilier avec un film qui ne sort jamais vraiment des sentiers battus d'un drame accusateur sur la Shoah.

Vu le 15 février 2010, au Gaumont Marignan, Salle 3

★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

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