Stratégie du choc (La)

Réalisé par Michael Winterbottom, Mat Whitecross (2010)

Documentaire économique
Stratégie du choc (La)
Durée 82 minutes
Sortie 03/03/2010
Note 6/10

Dans son livre "La Stratégie du choc", la journaliste canadienne Naomi Klein établit un lien entre le traitement par électrochocs des patients en hôpital psychiatrique dès les années 1950 et la théorie de Milton Friedman et l'école de Chicago qui met en avant un modèle économique ultra-libéral. Essayée une première fois sous le régime du général Pinochet au Chili, cette politique de l'ouverture des marchés, de la privatisation des entreprises publiques, et de la dérégulation des prix a été appliquée par la suite par des néo-libéraux aussi convaincus que Margaret Thatcher, Ronald Reagan ou encore Boris Yeltsin. Elle a d'autant plus de chances de réussir, lorsqu'elle est appliquée tout de suite après un événement traumatisant, tel une guerre, une révolution ou une catastrophe naturelle, qui laisse la population impuissante dans un état de choc.

La critique

Par Tootpadu 15/02/2010

Par temps de crise, il est toujours bénéfique de se souvenir de son histoire, afin de retrouver ses repères et de ne pas tomber dans une phase de désorientation aggravée. Tel est le point de départ du raisonnement de la journaliste Naomi Klein, que ce documentaire retrace avec un nombre conséquent de documents d'archives à l'appui. L'histoire en question n'est cependant pas celle que l'on apprenait à l'école, remplie de grands hommes et d'actes héroïques - et de quelques zones d'ombre -, mais une réinterprétation partisane de la politique économique du siècle passé, qui nous a menés au carrefour préoccupant entre l'exploitation systématique des masses et l'implosion du monde des finances sur lequel nous nous trouvons actuellement. Ce documentaire engagé s'intéresse surtout à l'Histoire parallèle, dans laquelle les figures de proue du canon officiel, comme Ronald Reagan ou Maggie Thatcher, font toujours une apparition, mais où ces chefs d'état, autrefois perçus comme au moins partiellement valeureux, sont démasqués en tant que pantins d'une philosophie régie par l'appât du gain, au détriment du bien de la communauté.
Cette perspective idéologiquement teintée n'est pas révolutionnaire en soi, puisqu'elle a commencé à s'exprimer déjà dans d'autres documentaires de contestation semblables au cours de la présidence de George W. Bush, au demeurant la période idéale pour manifester son mécontentement à l'égard de la mainmise du capital et du style de vie américains sur notre civilisation. C'est par conséquent surtout le point de départ de Naomi Klein et des réalisateurs Michael Winterbottom et Mat Whitecross, ainsi que le souffle épique de leur argumentation, qui intriguent. Vouloir tout expliquer et tout analyser depuis l'idée fixe de l'ultralibéralisme selon Milton Friedman ne constitue probablement pas une démarche historique subtile et impartiale. Mais ce que La Stratégie du choc perd en objectivité, il le gagne en efficacité et en audacité.
Car pour au moins commencer à comprendre le monde dans lequel nous vivons, il est obligatoire de sortir des sentiers battus et de dresser une Histoire des idéologies, en parallèle de celle qui se contente d'enregistrer uniquement les faits. Notre rôle de citoyen d'une démocratie imparfaite ne se limitera alors plus qu'à celui d'un consommateur ignorant, aveuglé par les chimères des mensonges publicitaires et plus globalement médiatiques. Grâce à la contribution de documentaires informatifs, quoique tendancieux, comme celui-ci, la tâche hardie de concevoir le monde autrement devient alors presque un devoir civique.
Une fois cette lucidité historique acquise, il faudra encore trouver un moyen pour changer les choses. Aussi téméraire le ton de La Stratégie du choc soit-il, c'est dans ce domaine qu'il ne nous propose aucune alternative viable. Peut-être parce que la prise de conscience de Naomi Klein a déjà atteint le niveau suprême, et hélas lénifiant, où elle sait que la pyramide du pouvoir ne pourra jamais être renversée durablement.

Vu le 10 février 2010, au Club Marbeuf, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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