Empire du Milieu du Sud (L')

Réalisé par Jacques Perrin, Eric Deroo (2010)

Documentaire
Empire du Milieu du Sud (L')
Durée 90 minutes
Sortie 24/11/2010
Note 6/10

Selon la légende des rois Hung, le périple du peuple vietnamien aurait commencé il y a plus de quarante siècles, quand le seigneur Lac Long Quan se serait séparé de son épouse, emmenant avec lui cinquante fils vers les plaines et les côtes et laissant les cinquante autre fils partir avec leur mère vers la montagne. Depuis, le peuple viet n’a connu que l’exode et l’occupation. D’abord celle des Chinois, puis celle des Français et des Japonais. La guerre d’Indochine et celle contre les Etats-Unis ont laissé une marque indélébile dans l’âme collective des Vietnamiens, comme une tristesse et une nostalgie profondes que même le temps n’arrive pas à effacer.

La critique

Par Tootpadu 22/09/2010

Jacques Perrin et son co-réalisateur Eric Deroo nous invitent à une leçon d’Histoire assez particulière avec ce documentaire sur le Vietnam, qui arrive enfin sur nos écrans, alors que son numéro de visa d’exploitation laisse supposer qu’il a été terminé il y a sept ou huit ans déjà. De toute façon, ce n’est pas de l’Histoire récente qu’il s’agit ici, pas plus que d’une mise en parallèle instructive entre le Vietnam d’hier et d’aujourd’hui. L’approche des deux réalisateurs est bien plus instinctive, voire poétique, puisqu’elle ne se base en gros que sur des documents d’archives et des textes anciens, qui prennent le plus souvent la forme de réminiscences de témoins plus ou moins illustres de l’époque. Ce ne sont pas des faits que l’on trouverait dans les manuels d’école que L’Empire du Milieu du Sud souhaite transmettre, mais un état d’esprit, qui anime tel une chimère ou un fantôme l’âme du peuple vietnamien et tous ceux et celles qui s’y sont frottés de près ou de loin.
La quête d’une vérité historique pragmatique – aussi hypothétique soit-elle – constitue déjà une entreprise suffisamment périlleuse et ambitieuse. A plus forte raison, l’établissement d’une Histoire parallèle, qui puiserait sa légitimité du ressenti humain de ces événements retransmis à travers la mémoire collective, doit paraître comme une tâche insensée, condamnée d’avance à l’échec. Pourtant, ce beau documentaire s’y emploie avec une douceur, qui ne cherche nullement à manipuler le spectateur. Au fil des images, dont le caractère anodin et approximatif ne manquera pas d’étonner ceux qui sont habitués à un contenu plus directif, s’instaure plutôt une forme très plaisante d’ennui, qui nous susurre une invitation dépourvue d’obligations à suivre les réalisateurs dans leur incursion hardie dans la conscience de tout un pays.
Le parti pris de n’utiliser pratiquement que des images préexistantes – à l’exception de quelques rares prises des paysages magnifiques qui dénotent néanmoins dans l’aspect visuel global du documentaire – limite forcément le nombre d’axes d’approche d’une culture, qui a su persister en dépit du joug des envahisseurs successifs. La plupart des documents les plus anciens perpétuent sans grande surprise le point de vue colonial, aussi subjugué par le charme exotique de la terre conquise qu’oublieux à l’égard de l’injustice de sa propre présence là-bas, loin de la grisaille et de la pauvreté de la patrie française. Les textes lus par Jacques Perrin opèrent heureusement une mise en abîme au moins aussi révélatrice de cet endroit faussement idyllique que les poses que les indigènes, visiblement gênés, prennent devant l’objectif de l’homme blanc. La prise de parole et la possession de l’image coïncident avec l’arrivée de la couleur, pour basculer rapidement dans le camp de la récupération partisane, en faveur des idéaux socialistes prônés par Ho Chi Minh. Cependant, les images retenues pour ce documentaire se défont rapidement de toute notion de propagande, pour devenir les témoins neutres de la mélancolie et du désespoir que la guerre inspire chez les combattants des deux côtés du front.
L’Empire du Milieu du Sud pâtit certes de quelques maladresses formelles, comme la sonorisation des documents muets, le recours un peu trop systématique à notre goût à la surimpression, et le passage de certains textes américains en version originale sans sous-titres, ainsi que d’une bande originale, signée Cyrille Aufort, dont l’emphase trahit par moments la subtilité du ton de l’ensemble. Il n’en reste pas moins que ce documentaire présente un aperçu éminemment viscéral d’une série de conflits autour de la terre vietnamienne, qui se tient à l’écart des intérêts français ou américains, pour nous plonger dans la mesure du possible dans un mode de réception poétique des hauts et des bas de l’Histoire de ce pays fascinant.

Vu le 20 septembre 2010, au Club 13

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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