Rideau de sucre (Le)

Réalisé par Camila Guzman Urzua (2007)

Documentaire
Rideau de sucre (Le)
Durée 84 minutes
Sortie 10/10/2007
Note 6/10

Après avoir grandi à Cuba dans les années 1970 et '80, à l'apogée de l'âge d'or de la révolution de Fidel Castro, Camila Guzman Urzua s'est exilée à Paris en 1991. Dix ans plus tard, elle revient au pays de son enfance. Elle doit se rendre compte, à travers la rencontre avec ses quelques camarades de classe d'alors qui sont restés, à quel point le monde idéalisé des "Pionniers de la révolution" n'a pas survécu à la pénurie matérielle de la Période spéciale des années 1990.

La critique

Par Tootpadu 20/09/2007

Les souvenirs d'enfance sont souvent empreints de nostalgie, à condition qu'elle ait été heureuse bien sûr. Et ce sentiment d'un passé irrémédiablement révolu est encore plus fort, quand il se réfère à une époque idéalisée, qui a depuis été rattrapée par la réalité. C'est ce qui s'est passé pour la réalisatrice de ce documentaire, qui remonte dans son enfance, pas si lointaine dans le temps, car en plus cette période correspond à la nôtre, mais déjà en train de disparaître dans la mémoire des habitants d'une île emblématique.
Il est d'abord curieux de voir, à quel point les élèves d'aujourd'hui suivent le même cursus d'endoctrinement que Camila Guzman Urzua il y a un quart de siècle. Ils apprennent les mêmes chants révolutionnaires et les mêmes histoires héroïques de la libération de Cuba du joug capitaliste qu'au moment de la plus grande prospérité de l'île. En enchaînant immédiatement après sur les souvenirs heureux de son enfance, la réalisatrice donne du temps à l'utopie de se développer. Et si le modèle soi-disant communiste de Fidel Castro était vraiment la réponse rêvée à toutes les inégalités de l'humanité ? Et si la gratuité du service public et la générosité de la population, l'absence de stress et de matérialisme, étaient la recette miracle aux maux de notre société d'un capitalisme libéral de plus en plus féroce ?
La bulle utopique est évidemment prédestiné à l'éclatement. Les dures réalités de la chute du communisme en Europe de l'Est ont eu raison d'elle. Et tout ce qui reste alors, ce sont des souvenirs d'un enfant crédule à l'époque, qui a appris, pas sans douleurs, de regarder la vérité en face, de ne pas occulter la part de mensonge sur lequel reposait ce paradis de l'entraide et d'un futur brillant. Un futur qui se passe justement à l'étranger pour ces pionniers désabusés d'un système aux intentions partiellement nobles, mais à la santé économique trop fragile. Comme quoi l'idéal national le plus reluisant ne fait guère oublier à la longue la faim et la misère !

Vu le 19 septembre 2007, au Club Marbeuf, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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