Jour où Dieu est parti en voyage (Le)

Réalisé par Philippe Van Leeuw (2009)

Drame
Jour où Dieu est parti en voyage (Le)
Durée 98 minutes
Sortie 28/10/2009
Note 6/10

En avril 1994 au Rwanda, la nourrice tutsi Jacqueline est abandonnée par ses employeurs belges dans le grenier de la maison familiale, dans l'espoir qu'elle échappera ainsi au génocide de son peuple par la population hutu. Après le pillage de l'immeuble par les rebelles, Jacqueline arrive à prendre la fuite et se met à la recherche de ses deux enfants, qu'elle a dû laisser dans son village.

La critique

Par Tootpadu 19/10/2009

Après une pause d'environ trois ans, le génocide du Rwanda se réinvite sur nos écrans. Alors qu'il risquait de se faire voler la vedette, si on peut le dire ainsi, par la guerre au Darfour, dans la compétition officieuse de la compassion et de la mauvaise conscience de la part d'une intelligentsia occidentale impuissante face à ces tragédies africaines, son retour sous la forme de ce drame intimiste nous rappelle avec force à quel point il serait préjudiciable pour l'humanité toute entière de le laisser tomber dans l'oubli. Même si Le Jour où Dieu est parti en voyage ne nous a pas inspiré la même réponse émotionnelle et la même indignation violente que d'autres films au sujet comparable dans le passé, il a su nous intriguer par son point de vue et son dénouement atypiques.
Contrairement aux hymnes fictifs à la culpabilité des étrangers dans les magnifiques Shooting dogs de Michael Caton-Jones et Hôtel Rwanda de Terry George, ainsi qu'aux regards rétrospectifs des documentaires poignants Après Un voyage dans le Rwanda de Denis Gheerbrant et Kigali Des images contre un massacre de Jean-Christophe Klotz, le premier film réalisé par l'ancien chef-opérateur Philippe Van Leeuw s'intéresse à l'existence précaire des victimes potentielles pendant le massacre. Dans son film, les véritables ravages de la persécution ne se font pas tellement sentir dans la chair des réfugiés tutsi, mais dans leur reddition psychologique face à l'horreur qui a décimé avec barbarie leur entourage. Jacqueline et l'homme blessé vivent en quelque sorte dans une isolation apocalyptique, dépourvue autant de la joie d'exister que des biens de première nécessité, remplacés par un désinfectant archaïque. L'instinct de survie de Jacqueline fonctionne encore assez dans cet enfer sur terre pour soigner son compagnon d'infortune et attraper in extremis la branche que ce dernier lui tend. Mais cet état végétatif dans la forêt ne fournit point un encadrement social suffisant pour enrayer ses pulsions suicidaires.
Le constat déprimant de ce film, tout comme son traitement visuel poétique, ne le rendent probablement pas aussi accessible à un large public que les oeuvres précitées. Il ne démérite pas pour autant à nos yeux, puisqu'il sait élargir subtilement le champ des dommages collatéraux du génocide rwandais. Pour savoir et vouloir continuer de vivre, il ne suffit ainsi pas d'avoir échappé aux bourreaux aux machettes. Il faudra vaincre aussi l'abattement moral qui suit forcément cette chance toute relative.

Vu le 15 octobre 2009, au Club de l'Etoile, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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